Les ragots
du cirque

UN CLIENT Naïa? C'est une âme noire! Une tentatrice! Elle veut notre argent... Et lorsque nous serons dépouillés, elle voudra notre mal! Je le sais... Elle se dit magicienne, mais c'est une sorcière! Un amoureuse de Satan! Et toutes les sorcières sont impures! Ne vous laissez pas séduire par ses yeux de braise, et méfiez-vous de son emprise! Il n'y a qu'une démente qui peut jouer avec l'eau ainsi!
UN DOMPTEUR On dit qu'elle est une sauvageonne! Abandonnée depuis la naissance qui se serait fait élevé par un meute de loup. Pas étonnant qu'elle semble autant dérangée...
THERESA DITE FLEISH Zhuang est très anormal. Il pense très différemment des humains si nous établissons une moyenne. Ce qui fait en sorte qu'il y a des chances qu'il ne soit pas humain. C'est logique. Mais il sait faire de la violence alors il est peut-être humain.
LE LIVREUR DE VIANDE Larry, mon collègue, a disparu récemment... Après avoir vu chacun des artistes en scène, je soupçonne celle qu'on appel la Dummy Puppet. Mais oui! Jouer à la stupide et stoïque est le meilleur moyen de ''prouver'' l'innocence! Mais ses yeux inspirent la mort... Je le vois!
UN CLIENT Non mais c'est quoi ces deux tarées?! Espèces de folles!! Je les ai vu, moi, s'évader de l'asile psychiatrique!! Avec du sang sur leurs vêtements... Comment elles ont pu?! Et avec un air de s'en foutre à la con! Je les reconnais!! Oui, une clown avec un parapluie et une autre avec une perruque rose! Si vous voulez mon avis, elles devraient retourner en psychiatrie! C'est là qu'elles appartiennent, pas au cirque!
UN FORAIN MAL INTENTIONNÉ Oui, oui! Un frère, et sa soeur, dans la même caravane! Puis sa soeur a disparue... Tu parles, ouais! C'est clair qu'il s'en ai débarrassée dès qu'il s'est aperçu que Maître Todd laissait sa soeur plus longtemps sur scène que lui, le salaud! Il se fait appeler Prométhéus! Tenez-vous loin de lui, surtout...
UN CUISINIER Cette petite garce aime bien se faire enculer, haha! En tout cas, apparemment qu'elle peut pas dire le contraire... Bin non, elle est muette! Elle traîne beaucoup avec une petite fille... Une vrai salope, je te dis!
CHARLOTTE WEISS Je ne lui fais pas du tout confiance à cette... Ravenna. Je l'ai vue, l'autre jour, et elle... Elle avait un poignard dissimulé sous sa jupe, à sa cuisse! Pourquoi traîner une telle arme en sachant que l'air du cirque est sécuritaire pour tous ses employés? Et aussi... Je l'ai vu, la nuit, rôder en présence d'une amuseur publique... Elle ne me dit rien qui vaille.
∎ Notre chouchou du mois !!
Le membre du mois est NOM DU MEMBRE pour RAISON RAISON RAISON. Le membre a été choisis par LES MEMBRES DU FORUM/LE STAFF. Merci pour votre participation!



 

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 the end of glitter ▲ Selbas

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MessageSujet: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-29, 14:02


     Les derniers clients reprennent place dans les sièges qui leurs sont attribués après avoir été cherchés barbe à papa et autres pommes d'amours lors de l'entracte. Les lumières commencent à se tamiser pour prouver que le spectacle va reprendre et tandis que les retardataires s'empressent de se faufiler sur les bancs où ils s'alignent, le grand patron fait son entrée pour leur donner le nom du prochain numéro. Maquillé comme une petite poupée, enserré dans un corset et un doux voile semblable à un kimono couvrant mes os, l'angoisse monte. Bien heureusement la plupart des autres artistes ne sont pas du genre à m'adresser la parole. La gorge sèche et le regard vitreux, je serais incapable de leurs répondre. La voix de Maître Todd se fait entendre, scandant avec force les mots suivants : « Mesdames, mesdemoiselles, messieurs. La dernière partie de notre spectacle arrive et pour vous faire revenir dans notre univers en douceur, je vous demande d'applaudir notre acrobate. The Crow ! » Les lumières s'éteignent un instant, son corps passe près du mien et fait virevolter les pans du kimono tandis que je m'avance sur le sable froid et prend place au centre de la scène. Après avoir clos mes paupières un instant, le vide se fait et seul les pas de la chorégraphie me reviennent. Il est temps de faire rêver le public et d'oublier pour quelques minutes.

Ce soir, Maître Todd a décidé de m'assigner une musique japonisante digne du pays du soleil levant. La tenue est semblable à l'univers souhaité. Mes ongles vernis d'un rose en concordance avec les rubans tirent sur ceux-ci pour les enrouler autour de mes poignets. A chaque fois, je teste leur accroche et pourtant je ne devrais pas avoir peur. C'est Basile qui les installe. Et jamais il ne me ferait un sale coup. Jamais. Tirant sur les bouts de tissus pour me hisser sur ceux-ci, mon corps rejoint rapidement le septième ciel et assis sur les rubans colorés, il est tant de danser. Cet art est plus érotique qu'on ne peut l'imaginer et surement que certains me balayeront de leurs regards lubriques avant de m'attendre à la sortie du chapiteau pour tromper leur femme le temps qu'elles achètent un souvenir au petit dernier.

Oublions quelque peu tout cela et positions nous dans les coulisses pour voir ce que cela donne. Les rubans bougent et le corps du corbeau glisse entre eux, chutant plusieurs fois pour ne se rattraper qu'à quelques centimètres du sol. Ses bras sont maigres et les os sont visibles lorsqu'ils tirent sur ses tendons et muscles pour se remonter. Au loin néanmoins il ressemble presque à un songe et à un corbeau qui se débat élégamment dans une cage de tissus. C'est presque magique et pourtant incroyablement épuisant bien que le spectacle ne dure qu'une petite dizaine de minutes. Elles s'écoulent rapidement et alors que lentement son corps rejoint le sable, les lumières s'éteignent. Les applaudissement remplace la musique et dans un dernier effort, il quitte la scène pour les coulisses.

Maître Todd lance le prochain numéro. Le dos appuyé contre le mur qui nous sépare de la scène, un long soupire m'échappe pour libérer mon corps de toute cette angoisse. Après avoir patienté quelques minutes pour que mes vertiges se calme et que la force revienne, je me décide à m'approcher de la petite coiffeuse. Passant rapidement un coton humide sur mon visage pour en ôter une partie du maquillage et laisser une longue traînée noire le long de ma joue. La différence entre le monde du spectacle et la réalité. Un frisson parcoure mon échine lorsqu'une présence se fait sentir alors que je m'assois sur le fauteuil face à la coiffeuse pour commencer un processus de retour à la réalité. Ôtant ce vulgaire collier de perle que je laisse tomber sur une boîte avant d'observer mon reflet dans le miroir. Et apercevoir que je ne suis pas seul...


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 05:20, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-29, 14:32


Au bord du spectacle



Ce n'est jamais le même numéro mais c'est toujours cette même sensation d'observer un oiseau se débattre dans des filets. Et voir les cordons se resserrer sur ses pattes, sur ses ailes. Brisant ses os, étouffant son corps, étranglant son cou. Une noyade, et dans cet auto-portrait malingre Basile y voit toujours son visage. Ou plutôt, celui de Julian.

Pourtant l'autre est grand quand lui-même est plutôt petit. Pourtant l'autre est noir quand lui-même est blond. L'autre est entouré d'une aura de pétrole presque perceptible. Ce sont des vapeurs lourdes des rues que Basile a déjà connu. Et dans lesquelles il ne veut pas retourner. Si le cirque est son paradis, la vie à laquelle il a été livré en fuyant sa demeure est bien le purgatoire.

Et pourtant il y a l'espoir. L'espoir de voir un jour l'oiseau se libérer de son carcan. Après tout, c'est bien pour cela que Hyacinthe remonte soir après soir non ?

Pour essayer enfin d'échapper à ces cordes. Pour y prendre simplement appuie et...

C'est pour cela en tout cas que Basile observe l'acrobate.

Pour le moment précieux où il le verra déplier ses ailes. Des ailes immenses que l'oiseau battra avec force dans un bruit de voile qui claque. Et comme le bateau qui franchit les vagues d'une haute tempête, il survivra. S'envolant au long du chapiteau sans jamais fuir. Narguant les spectateurs de sa liberté assumée. Et mieux retomber au sol. Pour rejoindre les coulisses. Accomplissant l'exploit désintéressé d'avoir affronté sa propre vie.

Et l'obscurité ne lui ferait plus peur.

Basile aimerait pouvoir le dessiner. Mais il n'a qu'un morceau de charbon et un carnet défraichit qui s'étiole. Plus rien de concret. Si c'est bon pour les esquisses ce n'est pas digne d'une telle oeuvre.

Alors il se contente de le regarder. D'apprendre par coeur la symphonie de ses mouvements. De s'en abreuver à en étouffer. Parce que Hyacinthe est une part de lui-même. Une part de son passé. Une part de ses cicatrices. Et qu'il aime à le trouver beau - c'est comme se soigner.

Mais voilà la fin du numéro, et ce n'est pas triste. Basile recule dans l'ombre réservée aux petites mains. Laisse l'acrobate le frôler sans s’apercevoir de sa présence. Et Hyacinthe a ce parfum de sueur et d'efforts. Une chaleur qui le brûle même à distance. Il irradie comme un soleil. Même si ses mains retirent le masque de ses joues. Et que voir le maquillage couler sur sa peau c'est comme de le voir pleurer.

Basile fait partit de ce tout, autrement que par les souvenirs qu'il y déverse. Il est celui qui place et pose les cordes qui attachent l'oiseau à ce cirque. Il est conscient du poids et de la révélation de sa métaphore. Mais comme pour l'amour qu'il porte au Maitre Todd dont la voix - oh sa voix... - annonce déjà le prochain spectacle, Basile n'a pas peur d'y faire front.

C'est ainsi. Et c'est bien.

Mais la meilleure partie de tout cela c'est quand il peut rejoindre l'artiste auprès de sa coiffeuse. Qu'il peut le regarder retirer ses plumes pour redevenir un homme. Un homme ayant souffert. Un homme qui souffre encore.

Et Selbas cajole cette souffrance d'un présomptueux petit sourire.

« Tu étais magnifique. Mieux encore que les autres soirs. Ils ne t’ont pas quitté des yeux tu sais… »


C'est un refrain un peu naïf que Hyacinthe doit entendre tous les soirs maintenant. Mais cela ne lui enlève en rien sa sincérité.

« Tu penses qu’un jour je pourrais faire cela moi aussi ? »
 Il n’a pas de problème d’équilibre. Et l’une de ses préférences est de marcher sur les poutres tout là-haut. De surplomber le monde du maitre avec amour. De se balancer parfois à ses cordes. Mais il ne sait pas danser – il n’a jamais appris et ne veut pas apprendre. A chaque fois il a cette impression d’avoir les chevilles attrapées par des mains froides…

Son regard se détourne vers l’entrée des artistes. Il entend les applaudissements qui saluent la suite. Et soupire.

« De toute façon. J’aurais l’impression d’être un papillon épinglé par tous ces regards. C’est difficile de se concentrer quand on se sent jugé… »





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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-29, 15:48


     Basile. Il est comme mon ami le soir des représentations. Toujours un mot gentil et ce sourire. Ce sourire que je peux admirer à travers le miroir et qui réchauffe mon petit cœur. Je n'ai jamais vraiment compris l'adoration qu'il peut avoir pour mon art mais j'apprécie son aide lorsque je dois mettre mes tenues à l'abri dans une malle, lorsqu'elles demandent une petite couture ou une aide pour les enfiler. Ce jeune garçon a toujours été là pour m'aider et je le remercie en lui offrant le dessous de mon aile. Un matelas de plumes sombre contre lesquelles on peut pleurer ou se confier et qui jamais ne révéleront les secrets cachés dans leur soie.

Essuyant avec attention mes doigts sur un tissu éponge déposé sur la coiffeuse, je me permets de lentement ôter le voile du kimono de mes épaules pour dévoiler mon dos enfermé dans un corset. Serré à son maximum, les cordages étouffent mes poumons et mes côtes. Dont certaines sont abîmées par les maux d'antan qui n'ont pas étaient suffisamment soignés. Déposant délicatement le tissu vaporeux sur le dossier de la chaise, je me tourne vers mon admirateur. Cette bouille d'ange qui fait tâche face à mon physique de démon. Les extrêmes opposés.

Ses mots. Je les entends chaque soir où je peux faire mon numéro et pourtant ils me font toujours étiré un léger sourire. Mes lèvres s'étirent finement. Le noir qui les couvre brille à la lumière des guirlandes autour de la coiffeuse. Tout en écoutant les dires du petit ange blond, j'ôte mes chaussures à plateformes et les laisse choir contre la chaise sur laquelle je suis assis, ramenant lentement mes jambes maigres contre mon tore. « Tu es bien plus compétent que la plupart des artistes qui se produisent dans ce spectacle. »

Certains sont tellement imbus de leurs personnes ou si impersonnel que leurs numéros sont insipides. J'ai pu le voir lorsque j'étais trop faible pour faire mon numéro. Maître Todd refusait que je monte sur scène. Impensable pour lui que je ne m'effondre en plein show et tombe dans les pommes. J'observais donc le spectacle dans un coin de la scène et ait remarqué ce manque d'originalité. Ce manque de véracité et d'eux dans leurs représentations. Basile serait magnifique dans un numéro. Et j'ai déjà songé à demander sa participation pour un numéro. Pour lui. Pour qu'il remarque qu'il n'est pas qu'une personne de l'ombre.

Glissant ma main sur mon crâne, j'ôte lentement les quelques pinces qui retiennent ma crinière noire de jais en un chignon japonisant. Déposant les accessoires dans une boîte avec beaucoup de précaution pour ne rien mélanger, je pince mes lèvres aux mots de l'ange, haussant lentement les épaules. « Il faut réussir à oublier. A ne penser qu'à ce que tu fais et non à ce qui te fait face. Il ne faut penser qu'à soi. » et après avoir libérer mes cheveux, je me mets dos à lui pour lui quémander de l'aide pour ôter le corset.

Les liens serrés au maximum ont dû faire des marques sur mon dos couvert de quelques tâches de rousseurs. Ce moment est certainement le plus douloureux de tout ce spectacle. Être en face à face avec soi. Et souvent j'en ai des nausées, envie de ne pas être moi-même pour oublier. Appuyant mon front sur mes genoux cagneux, j'observe silencieusement le bois de la chaise nervuré. Blessé.


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 05:18, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-29, 16:09


Au bord du spectacle



« Compétent ? »


Il répète le mot avec lenteur. Comme s’il en cherchait le sens. Et finit par froncer les sourcils, délicatement. Cet air boudeur et concentré le fait paraitre plus enfantin encore qu’il ne l’est déjà. Encore une fois, c’est un regard qu’il jette en arrière. A son passé. A ce Julian qu’il était et qui ne signifiait rien de concret. Simplement la silhouette suivant docilement un autre maitre. Les rires étouffés qu’il sentait courir sur lui, les rumeurs aussi. La seule compétence dont il disposait alors était de faire plaisir à son père, et de dessiner bien sûr. Basile n’est pas du genre à jouer au modeste et il refuse de nier le talent qu’il possède en matière d’art plastique. Mais cela le trouble soudain de se découvrir nécessaire dans une telle entreprise que représente le cirque. Car il était évident alors qu’ailleurs, au passé, il se destinait maladroitement à n’être qu’une copie. Qu’un héritier. Mais en prenant ce nom ici, après tant d’errance, on lui a offert la possibilité de choisir. De choisir selon ses compétences certes, mais tout de même…

Et il sourit de plus belle.

« C’est un travail qui me plait. Et qui semble plaire à Maitre Todd »
Le nom est plus susurré que murmuré. « Et qui te plait à toi aussi, ce qui est bien. …. La passion. La passion pousse à la perfection. Donc à la compétence. »

Son regard dérive sur la silhouette qui se dénude face à lui. A ce corset qui s’enfonce dans la chair pourtant maigre et en décrit des cerceaux sanguins. Basile s’avance aussitôt par réflexe. Tandis que le corbeau laisse choir sa chevelure libre sur son corps. Avare de contact, le garçon n’hésite pourtant pas un seul instant à mettre de côté la masse d’un noir d’encre qui lui file entre les doigts.

Sans le percevoir, il la caresse.

« Ne penser qu’à soi. … J’apprivoise mon égoïsme déjà, ça serait une bonne leçon… »
Mais il a un petit rire éteint. « Non, la scène, les lumières, ce n’est pas pour moi. Je fais partie de la structure tu vois. Ca me convient bien. D’être comme une araignée tissant sa toile… »

Une toile qui se referme sur des oiseaux comme Hyacinthe.

« Penche toi. »


Le corps lui obéit. Se replie comme un fœtus. Et les mains pâles de Selbas quittent la chevelure pour rejoindre les lacets. Lentement, il les défait. Tire sur les plus raides pour les délier. Et voit la cage thoracique prendre de l’ampleur sous un souffle moins difficile.

« Je ne sais pas comment tu fais pour porter ça… »


Et il a de la peine pour les femmes, pauvres êtres, qui sont obligées de subir cette prison au quotidien. Les cordes lui brûlent les doigts. Mais la chair se déplie. Et le corset tombe, retenu par les doigts qui le replient lentement. Selbas s’écarte pour le remettre au coffre. Lance d’un ton nonchalant.

« Je pourrais te coiffer aussi. Cela te détendrait. »


Car il voit le parcours sinueux des bleus et des écorchures sur son corps. Des griffures trop rectilignes pour avoir été par quoique ce soit d’autres qu’une arme tranchante. Il voit sa maigreur et ses boursoufflures. La manière dont son physique masculin laisse apercevoir son squelette chétif. Prêt à mourir.

Il l'observe comme on observerait les craquelures sous un masque de Clown. Le public est trop loin pour prendre connaissance des détails. Mais lui ici, voit. Voit et prend tout.

« Tu as soif aussi peut-être ? Tu veux que j’aille chercher de l’alcool ? Je peux monnayer la flasque de Barry, il me reste quelques pences… Ca me prendra pas longtemps. »


Les silhouettes vont et viennent autour d’eux sans leur jeter un seul regard. Ils sont ignorés de tous. De la joie qui perdure sur la scène non loin. Des grognements des fauves que l’on charge pour le grand final. La nuit pèse lourde sur le cirque. Et au dehors un crachin se met à tomber sur la toile tendue. En un clapotis discret perdu dans le tumulte.



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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-29, 17:17


     Compétent. Il l'est et je suis toujours étonné par tout ce qu'il fait pour le cirque et en particulier pour les artistes avant les spectacles. Contrairement à certains, je tente souvent d'aider Basile. De lui tenir les échelles ou même de porter des charges avec lui. Il est si chétif. Il me rappelle étrangement quelques passages de mon adolescence. Et puisque je ne suis pas de ces personnes à se croire supérieur, peu m'importe de me rabaisser au rang de forains quelques minutes pour lui venir en aide. De prendre sa défense aussi quand certaines brutes de forain le traite de vaux rien ou de morveux car il n'arrive pas à suivre la cadence. Basile est comme un protégé, oui. Le comparer à un œuf que je couve est la plus représentative de cette relation.

Mes cheveux noirs venant se coincer sur une de mes épaules lorsqu'il les repousse, je me permets de les serrer entre mes doigts pour les bloquer. Je sens ses doigts qui tirent rapidement sur les fils. Habitué de me le retirer et comprenant pertinemment que l'évanouissement n'est pas loin. Il m'est déjà arrivé de perdre connaissance quelques instants et prouver ainsi tant de fragilité ne me plaît guère. Quiconque me voit peut le comprendre et je ne souhaite pas en profiter. Au contraire. J'aimerais être bien plus fort. Psychologiquement. Physiquement.

« Cela ne te plairait pas de passer sur scène, ne serait-ce qu'une fois ? De voir le spectacle de l'autre côté. A la lumière. »

Demandais-je en cambrant davantage mon dos pour le rendre plus rond et plus accessible. J'aimerais beaucoup pouvoir intégrer Basile dans un de mes numéros. Pouvoir le remercier à ma façon. Et qui sait si Maître Todd ne serait-il pas heureux de voir l'ange prendre une telle initiative ? La relation ne m'est pas inconnue et pour autant j'en reste parfaitement muet. Tentant simplement d'aider Basile à avoir l'attention qu'il réclame.

Mes poumons se remplissent d'air et la première inspiration est aussi difficile qu'à la naissance. Ma gorge me brûle et une légère quinte de toux me prend alors que le corset tombe et se délie. Le corset et le voile rejoigne la petite malle qu'ils fermeront ensuite pour la ranger dans le casier prévu à cet effet. Lentement je me tourne pour faire face à l'ange et le remercier d'un murmure alors que je me redresse pour pouvoir ôter les derniers accessoires qui m'habillent et ainsi me dorloter dans une couverture. Une espèce de plaid que je serre autour de mon corps dénudé de façon à me réchauffer.

Lorsqu'il propose de l'alcool, mes doigts parcourent la coiffeuse pour en sortir quelques pièces que je lui tend. Il est anormal qu'il veuille me payer quelque chose via ses propres revenus. Et bien que son rôle soit de nous aider, nous artistes, à être heureux et bien ici, je refuse catégoriquement de le soumettre à mes désirs. Ainsi lorsque les pièces froides glissent dans sa main d'enfant, je lui murmure.

« Profites en pour prendre quelque chose qui te plait par la même occasion. Je sais que tu n'a pas mangé de la soirée, grignotes quelque chose. »

Encore une fois, il a du observer le spectacle toute la soirée. Auparavant, il a mit en place les gradins et les lumières. Soit il n'a pas pensé à lui et si nous devons passer un moment ensemble, j'aimerais qu'il soit aussi agréable pour lui que pour moi. La pluie habituelle de Londres revient à la charge et sachant qu'il va devoir quitter quelques instants le chapiteau, je renonce au plaid pour le poser sur ses épaules et ainsi lui faire comprendre qu'il peut y aller. Que je l'attend.

Il pleut. Comme si le ciel lui-même devenait mélancolique. Un soupire m'échappe alors qu'un numéro se met en place, me laissant la place d'un artiste sur un fauteuil sur lequel je me permets de m'asseoir. Nous pourrions presque être deux sur ce meuble. Fermant les yeux, j'appuie ma nuque sur le dossier et tente de décompresser complètement. Sentir Basile me brosser les cheveux serait un plaisir et peut-être une sorte de rituel qui m'endormirait, m'apaiserait. Ce petit bonhomme a plus de pouvoir sur moi que je n'aurais cru...


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 05:17, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-30, 13:59


Au bord du spectacle



Il est resté aux aguets d’une quelconque marque de faiblesse. Voir Hyacinthe vaciller le dégoûte à chaque fois profondément. Et il en voudrait presque au cirque de lui faire porter ces costumes ridicules qui l’enserrent et gâchent ses mouvements aériens. Il serait mieux nu. Mais Basile sourit, en se rendant compte soudain de la bêtise de sa pensée. Si on peut faire peur ici, si on peut choquer, il y a toutefois des limites que l’on ne peut dépasser. Parce que le public est bête. Parce que le public exige d’être incité sans être excité. Ils préfèrent voir un homme en corset plutôt qu’un homme dans sa complète apparence. Au final, tout cela n’est pas la faute de Maitre Todd. Maitre Todd ne fait que répondre à une demande qui gronde. Les yeux pudiques de spectateurs qui se cachent derrière leurs mains mais entrouvrent tout de même les doigts.

Bande d’hypocrites.

Basile les méprise. Eux les bien-pensants. Eux les bien nantis. Qui enferment leurs fantasmes dans des maisons parfaites, aux rideaux bien tirés. Alors quand Hyacinthe lui propose le rôle, le garçon frissonne. De peur avant tout. Son regard se porte à l’ailleurs. Se vide. Et il voit ce que les autres ne peuvent voir, tout au fond de sa tête.

Le sourire langoureux de son père. Ses mains fortes qui ramenaient chaque soir une nouvelle boite. Ses murmures prétentieux et prudents, qui essayaient de lui faire croire qu’il était à son entière disposition. Si Julian bien évidemment se montrait serviable, obligeant. Comme une gentille fille.

Il murmure :

« Je ne veux plus porter de costume… »


Son nez se plisse. Sous une mauvaise odeur que lui seul peut sentir.

« Et je ne sais pas qui me regardera là dehors. »


Chaque visiteur peut être un potentiel père, aux applaudissements secrets et étouffés. Il grimace encore. Peste à mi-voix.

« De toute façon, on ne devrait pas avoir à t’habiller en fille. Déjà que tu es tout rafistolé… Je pourrais le dire à Maitre Todd tu sais ? Je pourrais lui dire que tu as mal et que tu as des idées. Tu as des tas d’idées qui pourraient plaire au public… Qui pourraient le surprendre mieux que. »
Un regard au coffret. « Que ça. Je sais que Maitre Todd approuverait si on a un peu d’audace. »

Maitre Todd attend de ses serviteurs que chaque fourmis ait sa place dans la colonne et que l’entreprise perdure. Il a bien raison. Il reste le patron. Mais Basile ne veut pas se fermer à l’idée qu’un peu de renouveau ne fait pas de mal. Et que Maitre Todd est assez conscient des choses pour ne pas demander aux faibles plus qu’ils ne peuvent en apporter. Après tout, il l’a bien engagé non ?

Mais la priorité actuellement est la santé et le bien-être de Hyacinthe. Alors il se renferme dans sa coquille. Fait tinter les quatre pences dans ses poches. Et commence à se détourner.

Avant que la main tendue de Hyacinthe ne le rattrape.

« … Tu sais je peux payer. »

« Profites en pour prendre quelque chose qui te plait par la même occasion. Je sais que tu n'a pas mangé de la soirée, grignotes quelque chose. »

C’est vrai qu’il n’a rien avalé. Trop concentré sur le travail, il oublie ses choses essentielles. Et Basile se rend compte que son estomac grogne, outré par tant de négligence.

« Bon bon… je vais voir ce qu’on me propose. Je reviens vite. »


La pluie dehors comment à doubler d’ampleur. Selbas repousse le plaid.

« Non non. Garde le. Reste au chaud. Moi je vais courir. »
Et il attrape une casquette de travailleur qui traine sur un escabeau. « A tout de suite ! »

C’est un éclair blond qui franchit au pas de course les tentures espacées donnant sur les quartiers des forains.

La pluie dehors transforme le sol en boue. Et des giclées forment des tâches de dalmatien sur son pantalon de toile. Il franchit les caravanes, se dirige vers les tentes. Evite un forain armé de planches qui le dispute férocement. Saute par-dessus une flaque d’eau. Recouvre ses souliers de terre visqueuse et dérape légèrement.

Barry est sous un auvent devant sa tête. Fume un mégot qu’il a roulé lui-même en compagnie de trois autres hommes.

Le visage humide, le souffle court, Selbas pile devant eux.

« … Qu’est ce tu veux le chouchou ? » maugréé le plus âgé.
« Je viens pour acheter. T’as une flasque pour moi ? »

« Ca a pas de poils au menton et ça veut boire comme un homme. » Rires communs.
« C’est pour un artiste. On m’a passé commande. Peut-être de la bière ? »


Barry expire la fumée. Lui fait signe de montrer les pièces avant d’hocher la tête.

« Je prends les cinq sous. Bière brune. Ca le dégoisera. C’est pour qui ? Ça ? »
« Nan. .. Le quignon de pain là. C’est possible ? »

« Un sou. »

Selbas attrape ce qu’on lui tend sous le regard suspicieux du forain. Et fourre le tout sous sa veste, à l’abri de la pluie. Le pain est un peu dur mais il s’en fiche. La rue lui a apprit que tout ce qui ne courrait pas trop vite était bon à manger. Alors le pain, fi, c’est de la galette des rois.

« Alors c’pour Alley Kitten gamin ? »
« J’dois y aller. »

« C’est ça. Va te faire moucher par le Maitre. »

Selbas est déjà repartit.

Avant l’entrée du chapiteau il sort le pain de sa veste pour que la pluie le ramollisse. Et en arrache une bouchée de ses dents de rongeur tout en revenant au sec. La bouche pleine, il chasse la casquette détrempée de ses cheveux. Ses mèches blondes forment des boucles digne du petit Jésus. Sans se rendre compte, il éternue. Postillonne ainsi des miettes de pain, récoltant une remarque dégoûtée d’une danseuse qui passait à proximité. Il s’en fout. S’approche du canapé. Et de Hyacinthe à qui il sourit à peine.

D’un geste simple, il lui tend la flasque.

« Bière. Elle est un peu tiède. Coincée sous l’aisselle de Barry. »
Il tire un peu la langue. Et se frotte le visage de sa manche en guise d’éponge. « Tu voudras de mon pain ? Je pourrais pas manger tout. »





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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-30, 15:29


     Lentement je perds mes ailes et tous mes artifices pour être à nu. Un simple sous-vêtement cachant un peu de décence. Cela ne me gêne guère, plus rien ne me rend honteux à part peut-être ce que je suis. Néanmoins physiquement, je n'ai plus rien à cacher. La prostitution m'a apprit à n'être qu'un objet de désir et l'idée même de me balader dans une si simple tenue parmi tant d'artistes ne me gêne plus. Secouant un instant mes cheveux sombres pour pouvoir les réajuster sur mon épaule. A peine aurais-je pu partir de ce chapiteau que j'irais m'ébattre loin de tout ça. Imaginant un monde autre. Rattrapé à la réalité par les mots du petit moineau, je me permets d'étirer un léger sourire. Plutôt mélancolique mais tout de même présent.

« Je ne sais pas si le public est prêt à voir autre chose. Mais j'aimerais essayer de changer, de prouver que ce cirque évolue. Et d'évoluer moi-même. » - observant un instant le sol, je croise de nouveau son regard. - « Nous en reparlerons. »

En temps et en heures quand nous serons au calme et que personne ne pourra nous entendre. Les mauvaises langues se délient vite et je n'aimerais pas être épié ou regardé de travers quand je marche dans les allées du cirque. A peine ai-je le temps de relever la tête qu'il est déjà parti.

Entre les gouttes de pluie qui ont transformés le sable en piège désertique et la terre en boue, le petit blond s'éloigne et mon regard le suit jusqu'à ce qu'il disparaisse de mon champ de vision. Seul. Au milieu de beaucoup d'artistes qui se préparent. Certains font leurs vocalise et je regrette de ne pas être sourd. D'autres ont des discussions si peu intéressantes qu'une fois de plus, je me replie sur le fauteuil. Ramenant mes jambes contre mon torse et observant la place qu'il reste à mes côtés. Basile pourra s'y installer et ainsi nous serons seuls dans notre petite bulle.

Quelques minutes passe et alors qu'il refait surface sous le chapiteau, mon regard parcoure mes poignets. Pauvres petits bras maigres et abîmées par des cicatrices et des bleus. Honteuse anatomie que la mienne. Cachant mes mains entre mes cuisses, Basile apparaît de nouveau. Le visage humide et les vêtements trempés. Une fois de plus, j'ôte le plaid et coince la flasque entre mes cuisses.

« Merci beaucoup, Basile. »

Mes doigts glissent sur son crâne pour essuyer un peu l'humidité qui y règne et ainsi lui éviter d'attraper un virus traînant par ici. Des gestes doux et tout bonnement gentil, sans arrière pensées. Ramenant le plaid sur mes cuisses maigres, je tapote la place à mes côtés pour lui proposer de venir s'installer alors que mes doigts courent sur la flasque pour l'ouvrir. L'odeur de la bière remonte rapidement à mes narines et un nouveau délicat sourire étire mes lèvres. De quoi me requinquer. Apportant la flasque à mes lèvres noircit de maquillage, j'en prends une longue gorgée avant de la refermer pour garder son nectar intacte.

Le petit moineau me proposant un peu de son pain, je hausse les épaules et acquiesce. J'imagine que c'est une façon poli pour lui de me dire que moi-même je devrais manger un peu. Posant la flasque sur la boîte en bois aux côtés du fauteuil, je frotte négligemment mes lèvres et laisse le maquillage s'échapper pour laisser une traînée sur mon menton.

« J'aimerais beaucoup donner un numéro autre que celui-ci. Être plus sauvage, plus indépendant et moins à la demande du client. Cependant, ça demanderait beaucoup de matériel et de mise en place. » - levant les yeux sur Basile, je pince mes lèvres. - « Je ne veux pas que tu croules sous le travail. »

C'est grâce à Basile que mes numéros sont ce qu'ils sont. Nous passons beaucoup de temps à tout préparer, tout installer et tester. Oubliant un instant notre cocon, mes yeux vairons dérivent sur une brute. Une espèce de forain ou d'acrobates qui dévisage le moineau et pouffe de rire avant d'entrer sur scène. Le visage fermé et dur, je ne le quitte pas du regard avant son départ et repose mon attention sur Basile.

« Sont-ils encore désagréables avec toi ? »

Demandais-je en posant mon dos contre le support du fauteuil, mes doigts caressant mes jambes recroquevillées.

Basile n'est pas un vulgaire forain dont je demande l'aide. Je n'ai même jamais demandé ses petites mains pour mes numéros mais il a tout de suite voulu être à mes petits soins. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs et souhaiterait un jour lui poser la question. Comprendre ce qui le pousse à faire tout cela pour moi. En contrepartie, je me suis toujours interposé entre lui et les forains mal intentionnés. Ceux qui l'insulte, le rabaisse ou lui font comprendre qu'il n'est pas le bienvenu. Je le protège. Sans pour autant l'étouffer mais en essayant de le faire aimer la vie. Et peut-être de rattraper mes douleurs passés.


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 05:16, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-30, 16:40


Au bord du spectacle



Les doigts d’Hyacinthe glissent entre ses mèches. Semblent en chasser les quelques gouttes qui glissent encore le long de son visage. Basile renifle mais ne recule pas. Fixe le sol des coulisses de manière obstinée. Il n’a jamais apprécié les contacts. Mais celui du corbeau est fluide. Innocent. Il ne sent pas dans ses veines l’attraction dont parfois il fait preuve sans le vouloir envers certains. Cette conscience coupable gouverne encore et toujours ses pensées. Il n’arrive pas à ne pas comprendre que ce n’est pas son choix de les attirer. C’est ainsi, c’est tout. Il sent, et voudrait pouvoir se débattre. Mais c’est comme des cordes qu’il lancerait dans le vide. Appelant à lui une sensation détestable uniquement pour se sentir vivant. Et trouver une explication au fait que parfois les regards qui glissent sur lui sont comme des mains qui arracheraient chacun de ses vêtements. A chaque fois, c’est le même bain d’eau glacée. La même perception de n’être qu’une chose, une marionnette que l’on place au gré de mouvements mentaux.

« Je ne serais pas malade »
marmonne-t-il alors qu’Hyacinthe n’a rien dit. Mais l’aura du corbeau est bleutée d’inquiétude. Et ça aussi, il le pressent. C’est un éclair fugace dans son esprit, comme si le monde se trouvait soudain être surexposé à une lumière vive, blanche et noire tout à la fois. Les contours des objets sont d’un violet grisâtre sans âme. Mais le reste… le sol comme la fleur là-bas dans son papier journal, comme les hommes et femmes qui paraissent et filent autour d’eux… tout est vivant.

« En échange de ma bouchée de pain, je veux bien un peu de bière. J’ai froid. »


Il vient s’asseoir à ses côtés. Et sa cuisse effleure la sienne à travers le plaid. Il renifle encore une goutte qui ne cesse d’apparaitre. Appuie sa tête contre l’armature de la toile qui se tend derrière lui. Renvoie ses cheveux en arrière d’une main et avale encore un morceau de pain.

« Tu disais que tu voulais changer tout à l’heure. Et qu’on en reparlerait plus tard. Plus tard c’est bien là maintenant non ? »

« J'aimerais beaucoup donner un numéro autre que celui-ci. Être plus sauvage, plus indépendant et moins à la demande du client. Cependant, ça demanderait beaucoup de matériel et de mise en place. »

« Oh. »


Son regard scrute l’horizon. Les sourcils froncés, il réfléchit aux possibilités que cela envisage pour eux deux. Car c’est bien d’eux dont Hyacinthe fait mention de manière sous entendue.

« Je ne veux pas que tu croules sous le travail. »


Selbas a un rire. La bouche encore pleine.

« Ch’croule…. »
Il déglutit. « Je croule pas sous le travail ça va. Puis j’aime bien ce qu’on fait. Faudra que je me libère de mes tâches un peu plus tôt. Mais après, la préparation, je peux m’en occuper avec le petit Billy. Je crois qu’il aime bien me donner un coup de main…. Je le bouscule pas moi. Comme certains l’font… »

A ce sujet ses yeux croisent ceux d’un forain que Hyacinthe remarque lui-même de son côté. Il ne peut pas voir son aura. Mais il imagine bien le drapée d’un rouge presque noir qui doit lui enserrer la tête. Comme un corset. La vision le fait grimacer de rire. Et la moquerie de l’autre qui s’esquisse de son côté lui passe loin au-dessus du crâne.

« Sont-ils encore désagréables avec toi ? »

« Ils le seront toujours. Parce que Maitre Todd… il m’aime bien. Alors c’est difficile pour eux. Puis ils ne comprennent pas ce que je fais avec toi aussi. Ils disent que tu me baises. »


Le ton nonchalant donne un relief particulier à son dernier propos. Mais il prend la flasque des mains de Hyacinthe sans le commenter. Avalant une goulée de bière qu’il lape comme un chat. Avant de gargouiller une indignation.

« C’est dégoûtant… »


Il a l’écho de certains alcools mieux traités – champagne, vins, pétillants, oh il se rappellerait presque de leur goût. Ces petits avantages de son ancienne vie qu’il a délaissée. Ça pourrait presque lui manquer à présent. Basile aimerait pouvoir les faire goûter au corbeau. Contempler son expression dans ce qui lui parait être beau, chaud et enivrant.

« On verra Maitre Todd demain pour tes idées ? Faut que tu me dises précisément ce que tu veux comme matériel tu sais. Je nous trouverais ça. »


Sauter du coq à l’âne fait aussi partie de ses attributions.






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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-05-30, 17:38


     Un virus ne transpercera pas sa vulnérable carapace. Inconsciemment, je l'espère. Travailler avec Basile est un plaisir. L'idée même de devoir délégué les tâches à un autre forain ne me plaît guère. Et je renoncerais surement à un spectacle sans son aide. Quitte à décevoir Maître Todd et à m'attirer ses foudres. Qu'importe. Changer mes habitudes pourrait rapidement me mettre mal à l'aise. Non. Ici c'est Basile qui m'aide à mes numéros. Personne d'autre. Il faut prendre soin du petit moineau.

Lorsqu'il prend place à mes côtés, je tente de me faire bien plus petit que je ne le suis déjà. Non pas que ce contact me gêne mais en toute gentillesse, je cherche à le mettre à l'aise. Prenant la flasque qui retrouve une température ambiante au fur et à mesure que le vent frais nous caresse, je la tends au petit moineau. Lorsqu'il l'eut prit, je ramène mes mains sur le plaid pour le déplier et en couvrir les jambes de Basile et ainsi le réchauffer davantage.

Pour ce spectacle, j'aimerais quelque chose de sombre. Digne de l'univers gothique. Utiliser de petites poupées. Utiliser des miroirs à outrance. Des jeux de lumière. Une ambiance digne d'une église. Quelque chose à mon image. Jouer le corbeau qui s'ébat dans son univers. Tout de noir vêtu. Tout cela, je vais en faire part à Basile. Lui saura surement ce que l'on peut faire avec le matériel à disposition ici même et dans la réserve.

« Je ferais de mon mieux pour pouvoir vous venir en aide. J'aimerais une ambiance digne d'un film gothique. Quelque chose de sombre et de dérangeant. »

Quelque chose dirigeait par ma volonté et non ce que souhaite voir le client. Rien qui n'est à la mode mais plutôt selon mes intérêts. Je devrais vraiment songer à cela et peut-être faire un schéma à Basile. Une espèce de mise en scène du spectacle pour que l'on voit ce qui est envisageable.

Le visage autre fois fermé, un hoquet transperce ma gorge. Moi baiser avec le petit moineau ? Jamais de la vie. Jamais en rêve. Jamais. Ce serait comme revivre ce viol. Commettre l'irréparable. Briser une vie. Gâcher son existence. Le dégoût gonfle dans ma gorge et me donne la nausée. Retourne mon estomac. Mes mains tremble sous la haine qui s'en empare et je dissimule ça sous le plaid, comme pour donner l'impression de mourir de froid.

« Basile. Si ces rumeurs te causent du tord et te font du mal, dis me le. Je saurais les faire taire. »

Déclarais-je en le regardant avec insistance. Peu m'importe que l'on me rabaisse ou me juge mais entendre de telles atrocités me rend malade. Lourdement dégoûté par la population de ce cirque. Le houblon fait des grumeaux dans mon estomac, devenant une pâte visqueuse. J'aimerais tellement leur gerber dessus. Pourritures !

Le petit moineau change automatiquement de sujet et je reprends mon calme. Frottant mes mains à mes cuisses en déposant ma nuque sur l'accoudoir dans une position improvisée. La nuque dans le vide et le torse libre pour pouvoir apprécier plus amplement l'air frais sur ma peau encore rougit du corset précédemment serré autour de ma peau. Quel matériel ? Dans un haussement d'épaules, je commence à énumérer certaines choses.

« J'aimerais de la lumière. Des miroirs. Un jeu de reflets. » - fermant mes paupières en glissant mon bras sous ma nuque. « Ce serait le plus gros investissement. Le reste ira parfaitement. »

Tendant la main pour récupérer la flasque et en boire une longue gorgée, je la repose ensuite sur mes cuisses. Par dessus le plaid et observe un instant le plafond du chapiteau.  La question précédemment passée dans mon cerveau me revient et la salle étant plus calme qu'avant, je me permets d'observer le moineau pour la lui poser.

« Basile. Ne le prends pas mal mais je me suis toujours demandé pourquoi tu es si attentif et agréable avec moi. Qu'est-ce que j'ai de plus que les autres ? »

Car bien-même s'il est aux ordres de tous, le petit moineau est toujours aux petits soins pour moi. M'aider à me pomponner, préparer mes spectacles, ranger mes costumes... Pourquoi ? Je me redresse pour m'asseoir à ses côtés et lui prouver mon intérêt pour la réponse. Espérant percer à jour cette adoration qui ne me gêne guère mais m'étonne toujours.


   


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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-07, 09:06


Au bord du spectacle


Le hoquet de dégoût de l’acrobate surprit Selbas. Qui tourna son visage pâle vers le corbeau en fronçant les sourcils. Il n’était dupe ni du tremblement de ses mains, ni de son regard furieux, qu’importe qu’Hyacinthe essaye de le cacher. A quoi bon de toute façon ? Sa réaction de rejet ne fut que plus appuyée par ses propos. Et Basile le regarda, comme surprit par un tel désir de protection. Un sourire incertain se découpa de nouveau sur son visage. Comme s’il réfléchissait à la possibilité d’être effectivement marqué par toutes ces rumeurs. Comme s’il cherchait des mots à donner à Hyacinthe, des mots rassurants.

« Tu es gentil. Et c’est une bonne intention. Mais ce n’est pas utile. »

Il arracha une nouvelle bouchée à son pain humide. Et murmura maladroitement.

« Je suis au-delà de tout ça. Un peu comme toi dans ton spectacle. Ca ne m’atteint même plus maintenant, je crois que j’ai trop entendu…. »

Son regard se perdit dans l’ailleurs.

Il n’était encore qu’un jeune garçon quand il avait compris que son comportement dérangeait. Que la sympathie que certains lui portaient – généralement des femmes de haute naissance invitée aux réceptions de son père, où à celles où ils étaient tous deux conviés – n’avait pour but qu’une pitié un peu malsaine, un peu curieuse, de savoir ce qu’il était et ce qu’il pouvait faire. Il se souvenait d’ailleurs très bien de leurs gestes attentifs, de leurs regards sur sa silhouette, des susurres qu’elles s’échangeaient à l’abri d’un éventail ou d’un verre. De ces sourires mielleux et des paroles encourageantes, des mots de soutient, envers son père. Comme si tout ce qu’il était ne tenait pas uniquement à son corps chétif et à ses mots maladroits. Mais à son regard absent et un peu vide.

Un débile. Un arriéré mental. Un poids.

Alors certes il n’était pas un génie. Certes il y avait dans sa tête des choses qu’on ne devait pas dire à tout le monde. Mais il avait ressenti cette injustice flagrante d’être prit pour un souffre-douleur, une obligation à entretenir, alors qu’au fond, tout ce qu’il était vraiment c’était.

C’était.

Ses ongles s’enfoncèrent dans la mie molle. En un réflexe musculaire, une crispation.

Non. Il n’avait pas été une victime. Et il refusait de s’aveugler dans ce verdict geignard alors qu’il se souvenait, se rappelait de tout. Du moindre détail de sa vie d’avant, de la vie de Julian. Des raisons obscures qui l’avaient décidé à quitter la maison. Son passé.

« … Ne fais pas attention aux rumeurs. Au final, ce n’est que du vent. On dit de moi tellement de choses ici de toute façon. Alors les laisser croire qu’entre nous il y a plus, quelle importance ? ….. Enfin, il ne faudrait pas que ça te gêne toi. Parce que tu vois toi, ça pourrait peser dans certaines choses que tu fais, que tu ressens. Des choses précieuses qui ne doivent pas être effleurées par des mots-cafards… Ca non. Ca ne me plairait pas que tu sois triste parce que quelqu’un aurait eu une oreille trop pendue à ces divagations… »

Il dépose le pain à ses côtés. Frotte ses paumes de main sur le pantalon de lin trempé, comme pour les nettoyer. Et se lève enfin, en demeurant attentif à ses propos comme à ses questions. Allant chercher dans la coiffeuse un peigne et quelques accessoires. Pour mieux revenir derrière l’assise de Hyacinthe, et toucher prudemment ses cheveux. Après tout, il avait bien dit qu’il voulait le coiffer…

« Je me débrouillerais pour te trouver les accessoires. Pour te trouver tout ce que tu demandes et les installer comme tu le veux. Je le ferais, parce que ton idée est bonne. Parce que ton idée te ressemble. Et parce que ça me fait plaisir. Puisque tu demandes pourquoi, pourquoi je fais tout ça, c’est que tu sais que ce n’est pas uniquement pour mon travail. Que tu as bien vu que j’agis envers toi différemment des autres artistes – et pourtant certains me fascinent tout autant que toi. Mais je vais te répondre… »

Le peigne passe longuement entre les mèches noires. Les délie.

« Je fais ça parce que la première fois que je t’ai vu, j’ai regardé ton squelette se balancer dans les fils comme s’il était pendu. Il y avait déjà des choses horribles ici, des choses qui sont dans l’âme des gens. Des choses qui font que les clowns qui rient le plus ont toujours quelque chose de dérangeant à cacher. Des choses qui font que les magiciens s’illusionnent eux-mêmes. Que les acrobates frôlent toujours la mort. Des choses qui font que tout se traine ici à la recherche d’une seconde chance. Toi j’ai vu un corps qui avait beaucoup, beaucoup souffert. Ne suffit pas d’être très malin pour le voir. Tout saillit en toi. Et pourtant… pourtant tu volais. Tu volais et tu étais gracieux comme la neige – tu sais comme c’est, léger et intemporel même si c’est éphémère. Alors j’ai retrouvé un peu d’espoir moi-même…. C’est ça que tu m’as apporté. L’idée que les choses parfois peuvent aller mieux quand même. C’est pas simple et c’est pas tous les jours d’or, mais ça existe. »

Il se penche à son oreille.

« Hyacinthe, Hyacinthe….. Tu me laisses te faire une tresse ? »

Sauter du coq à l’âne fait aussi partie de ses attributions.






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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-07, 10:31


     Faire abstraction de la connerie humaine. Se concentrer sur notre place dans le cirque. Oublier les médisances. Le moineau a raison sur toute la ligne. J'acquiesce ses mots avec lenteur. Analysant ses explications qui sont tout à fait louables et vraies. Je comprends sont point de vue et un instant, je cogite à tout cela.

Durant des années, je n'ai pas prêté attention aux rumeurs et aux "on-dit" mais étonnamment cela me gêne de nouveau. Je crois que ce n'est pas tant que ça le fait que l'on me touche mais plutôt que l'on parle aussi méchamment de ce petit oiseau. Bien sûr, il est tout à fait capable de se défendre seul. Cependant l'éducation que j'ai eu et la normalité veut que je prenne sa défense. Néanmoins je ne le ferais pas contre son gré, sachant pertinemment qu'il est un homme. Avec un physique de petit ver chétif et gringalet mais une force de caractère immense. Ainsi je me permets de garder un œil sur lui, de lui faire comprendre qu'au besoin, il peut me consulter mais prendre sa défense serait leur faire passer pour un looser auprès de tous. Et pourquoi pas créer ou intensifier les rumeurs. Le petit moineau donnera des coups de becs à qui le dérangera. Je le sais et je lui fais confiance.

Observant l’oisillon en acquiesçant ses mots, un léger sourire étire lentement mes lèvres démaquillées. Balayant la salle du regard, je remarque avec plaisir que celle-ci se vide. Les artistes qui sont passés sur scène se change et quitte la toile de tente. Bientôt nous serons quasiment seuls et dans notre petit cocon.

Le petit moineau quitte le fauteuil et j'en profite pour m'asseoir dans le bon sens, glissant mes mains dans ma crinière de jais pour les reposer sur le dossier. Reposant mes mains sur mes genoux en les ramenant contre mon torse, j'écoute ses dires et décide d'y répondre.

« Tu n'auras qu'à me tenir au courant le jour où tu auras tous les accessoires. Ainsi je pourrais te venir en aide pour l'installation. »

Cela évitera que la disposition ne me plaise pas et de devoir changer de nouveau le plan de la scène. Je préfère perdre quelques heures à faire la mise en place avec l'oisillon. Détendu sous les coups de peigne qui démêlent mes mèches noires et les font retomber lentement sur le dossier, je reste tout à fait attentif à ses mots. Les mots du petit moineau me vont droit au cœur et plissant un peu mes paupières, je prends enfin conscience de l'amplitude de notre relation.

« Je te remercie de voir en moi autre chose que l'apparence. Moi-même j'ai beaucoup d'affection pour toi et je tiens à ce que tu saches que tu peux tout à fait compter sur moi. Même si jamais tu ne viendras te confier, n'oublies pas que je suis une épaule sur laquelle tu peux t'appuyer. Je ne veux pas qu'il t'arrive le moindre mal. »

Avouais-je d'une petite voix pour que ces mots restent entre nous. De là où il est, le moineau a pu entendre et le clown qui nous frôle ne saura rien de cette discussion. Le petit moineau n'a pas besoin d'en baver avec des bruits supplémentaires.

Remuant un instant ma nuque pour pouvoir remettre mes longues mèches noires sur le dossier du fauteuil, j'acquiesce aux paroles de l'oisillon. « Fais de moi ta petite poupée. » déclarais-je en fermant mes paupières sur mes pupilles vairons. Sentant les doigts du moineau remuer dans mes mèches fluides et sombres pour concevoir une coiffure peu banale.

« Basile. Cela te plairait-il que l'on se voit en dehors de toutes ses paillettes et cette musique ? J'aimerais apprendre à te connaître autrement qu'en étant un forain. »

Demandais-je d'une petite voix peu audible pour les personnes alentours. Je ne sais pas si l'oisillon souhaitera ce rendez-vous mais j'aimerais apprendre qu'il est derrière la poussière qui salit son visage et la crasse sur ses pantalons. Mes doigts caressent lentement ma peau, se posant sur mes cuisses pour pencher mon visage en avant et ainsi laisser la longueur de mes cheveux aux doigts rapide et minutieux du moineau. Appréciant ce petit moment doux en sa compagnie.


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 05:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-14, 08:46


Au bord du spectacle



Le sourire de Basile est plus doux tandis qu’il écoute les paroles rassurantes de Hyacinthe. La prévenance dont le corbeau fait preuve à son sujet est apaisante. Il ne sent pas dans ces mots la pitié dont il a eu l’habitude au long de son existence. C’est une attention née d’une tendresse qui ne demande et n’exige rien. Qui ne l’oblige pas à agir pour faire le bien. Qui le laisse libre de décision. Et ses mains dans les cheveux noirs forment des caresses. De doux mouvements patients en remerciements. Il ne sait pas comment dire merci d’être correctement aimé. Et encore une fois il respire la chance d’être ici. D’avoir été choisi pour demeurer ici. La voix de Maitre Todd retentit une nouvelle fois pour les derniers artistes. Et Basile tourne un regard bleu amoureux. Simple. Si simple et criminel tout à la fois.

« Je compte déjà sur toi tu sais. »

Il a l’impression de tenir entre ses doigts de la soie de charbon. Et murmure, les yeux de nouveau rivés sur le peigne. La nacre se reflète dans le faible éclairage des coulisses, et lance des petits éclairs qui l’amusent.

« Et il ne m’arrivera rien ici. » Rien de pire que ce qu’il a toujours vécu.

Et il coiffe. Coiffe et dénoue. Peigne et délivre. Et il remonte ces cheveux pour jouer avec comme un chignon. Et il attend la réponse de Hyacinthe pour transformer tous ces fils en une corde à nœud avec laquelle il pourra peut-être le retenir. Le retenir ici, hors des malheurs et des doutes. Le retenir du bon côté de ce monde, où les clowns font rire et ne mangent personne, où les lions sont derrière des barreaux de cage, où la tenue de Maitre Todd est impeccable et sans tache de sang. Et les rêves sans cauchemars. Le retenir dans la vision du bon qui découle de tous ces petites atrocités. Si petites qu’elles sont des piqures d’aiguille : néfastes mais passagères.

Il coiffe. Coiffe et peigne. Peigne et délivre.

« … fais de moi ta petite poupée. »


Et se fige comme un automate sans ressorts.

Hyacinthe sent la bière. Et cette odeur d’alcool du pauvre n’est pas sans rappeler celle du verre qu’il posait sur le bord de la tablette de la bibliothèque. Une pièce à chaque fois trop chauffée et qui devait abimer les livres. En avait-il lu un seul ? Avait-il seulement perdu une minute de son temps même pour la culture dans cette pièce de torture ? Il ne se rappelle pas. Ce sont là les vestiges d’une vie qui se croise à son regard de maintenant. Qui envahit tout l’espace et l’aveugle. L’étouffe même. Le claquement du verre d’alcool sur la tablette en bois et le ronflement du feu de cheminée chaque soir de l’année – oui même en été, c’est ce dont il se rappelle.

Ca et l’odeur oui. L’odeur.

Le frottement du tissus contre sa peau nu. Le contact de ses doigts dans ses mèches de cheveux – des cheveux trop courts mais il ne pouvait pas tout contrôler – se rappelle des quelques perruques parfois mais à la fin même lui a fini par détester. Le corset serré sur son torse maigre, ça encore c’est supportable. La sensation humide et pleine de sa bouche contre sa bouche. Qui happe et avale et l’englobe – trop grosse bouche. Puis descend dans son cou – il frissonne. Et les mains détachent, défont, repoussent. L’empoignent, là, le saisit, le tournent. L’allongent, le percent. Et le mordent.

Et toujours l’odeur.

Suave, amère, alcoolisée, sauvage, salée, comme des larmes, comme l’eau dans un puits sans fond, comme des pièces de monnaie rouillées, comme l’acide du citron et comme du lait fermenté.

Et les mots.

« Tu es une gentille fille. »
Etranglés, saccadés. Sa voix rauque. « Ma gentille fille. Aussi jolie qu’une poupée. »

Et il ne doit pas parler, lui. Pas gémir non. Pas dire son nom. Pas montrer qu’il est autre chose. Qu’il est une créature en dessous des apparences, victime d’elles. Que c’est la même chose tout les soirs, mais qu’il n’arrive pas à en prendre l’habitude. Que c’est comme un vide dans sa tête où tout disparait. Où il n’y a pas de pourquoi pour ne pas prendre en compte l’ampleur du désastre : il n’y aucune explication.

C’est un ululement montant et descendant comme une sirène de police. Et c’est cela, le cri des secours. Un « NON NON NON NON » qui va et vient dans la nuit.
Puis le non se fait un peu oui. Tant qu’à faire.
Si la réponse change peut-être que les choses se feront autrement aussi.

Si le peigne avait été un couteau, Hyacinthe aurait eu bien plus mal à la tête.

Les dents de nacre s’enfoncent dans le crâne blanc sous les cheveux noirs. Et il relâche cette masse de cheveux pour reculer contre la toile du mur. Bousculant un casier de bois qui chavire et dérape sur le sol. Il fixe la silhouette qui lui tourne le dos en retroussant la lèvre supérieure, montrant les dents. Un peu comme un chien. Il est dégoûté.

« Dis pas ça ! » Qu’il l’engueule. « T’es la poupée de personne, putain ! » Il est rare de l’entendre jurer.

Hyacinthe a continué de parler tout le temps qu’a duré son absence. Mais les mots se sont frayés un chemin dans son crâne. Et Basile commence à reculer vers la sortie. En défense. Ses cheveux toujours trempés laissent échapper des gouttes sur son visage, en tout cas c’est comme ça qu’il se l’explique. Et qu’importe le grand con de forain qui ricane au passage de le voir chialer.

« Dispute de couple les frangines ? »


Basile n’en a rien à foutre. Ne s’adresse qu’à Hyacinthe.

« T’as pas envie de me connaitre mieux. De toute façon y’a rien à connaitre mieux. Mais toi, tiens-toi droit. Relève la tête. Fais craquer tes os. Tu vaux mieux que ça ! »

Il jette le peigne sur la coiffeuse.

« Je te tresserais les cheveux une autre fois. Je dois retourner travailler là. On doit tout enlever. Rentre à ta caravane. Et retire tout ça Hyacinthe. Soigne tes blessures avant qu’elles s’infectent trop. »

Il tremble.






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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-14, 10:10


     Une poupée. Petite figurine en carton, en cire ou autre matériau qui sert de jouet aux petites filles. Et aux plus grands. Quand les plus jeunes nous parent de milles et un tissus pour nous rendre la plus belle, les plus âgés nous déshabillent et nous abîment. C'est ainsi que mon petit ami de policier a brisé mes ailes. Le rouge gorge innocent a perdu sa couleur et a ternit. Abandonné dans la cendre où je me suis débattu longuement jusqu'à souffler les graines noires et respirer de nouveau. Malheureusement le mal venait de s’immiscer dans mes veines et mes muscles comme un champignon et dans l'humidité de mes maux, il a grandit pour se révéler à l'extérieur. Physiquement parlant. Des mèches brunes de jais et un visage blafard. Une peau diaphane et des cicatrices du front aux chevilles. J'aurais aimé que ce soit des souvenirs d'une enfance casse cou d'un enfant aventureux. Grimpeur d'arbres et maître des cascades en tout genre. Pourtant.

Un instant je relève mes cheveux d'une main en une espèce de queue de cheval pour découvrir mon cou. Tournant mon visage plusieurs fois pour observer la disposition de mes boucles brunes alors qu'un souvenir ressurgit bon gré malgré.

Observant mon reflet dans le miroir ovale, je prends temps et minutie pour soulever ma crinière en une coiffure plutôt féminine et élégante. Aussi raffiné que mes yeux charbonneux et ma bouche pulpeuse. D'un pas je me tourne et le vois me fusiller du regard. Son arme de service se balance entre ses doigts. Tirant instinctivement sur ce haut noir qui cache mes cuisses nues, sa voix rude et grave me fait frémir. « Où comptes-tu aller comme ça ? » et je n'ose pas lui dire que j'aurais aimé que l'on sorte. Que l'on aille simplement au cinéma ou se balader sur le bord du fleuve, apprécier l'air frais et se plonger dans l'eau froide. Un bain de minuit. Nous aimer. Nous ébattre. « Retires moi tout ce maquillage et viens là! » hurle-t-il à en cracher ses poumons. La fatigue le noie dans une spirale infernale. J'aimerais aller au bord du lit et le dorloter, caresser son front et espérer que tout ira mieux. En une fraction de seconde, mon cœur décide de réagir avant que mon cerveau ne mesure le poids de mes mots. « Je n'ai jamais pu vivre ma vie comme je le souhaitais. A partir du moment où tu m'as cueilli sur ce trottoir, je n'étais devenu qu'un larbin pour toi. » Peut-être était-ce la phrase de trop. Je n'en sais trop rien. Néanmoins, ce souvenir me noue la gorge. Comme lorsque sa main l'a serré et m'a placardé contre le mur, me coinçant contre son corps massif. Toute ma misérable vie est repassée devant mes yeux, insistant sur les moments les plus douloureux. Ce viol. Cette fugue. Les brimades. La douleur de mon corps que je cherche à détruire. Cette rencontre. Ses mains qui laissent des traces sur ma peau. Et ses doigts qui me coupent la respiration et me laisse dans un état semi comateux. Il aurait pu me tuer. Il aurait certainement dû. Cela aurait été bien moins violent que de heurter le bitume, quelques mètres plus bas. Descendre cinq étages en chute libre pour s'écrouler comme une poupée de chiffon, c'est douloureux. Le sang qui émanait lentement de mes plus grosses blessures et me laissait là, gisant dans une flaque chaude et réconfortante. Je me retrouvais seul avec moi-même. Comme si la fin était venue ...

L'appui violent des dents du peigne dans ma nuque me font revenir à la réalité dans un hoquet. L'air me manque et j'ai l'impression de remonter d'une profonde apnée. Mes doigts ont relâchés mes cheveux, venant se serrer nerveusement contre mon estomac creux. Et il y la voix de Basile. Sa petite voix douce qui est devenue méchante. Comme si la peur lui nouait la gorge et qu'il tentait néanmoins de se battre. Mes pupilles observent un instant leur consœur dans le miroir avant que je ne me relève.

Poussant le fauteuil qui bouscule une diva et la laisse échapper une insulte, je m'empresse de rattraper le moineau. A quelques mètres de lui, je m'accroupis et glisse une main sur son front pour soulever ses cheveux blonds. Mes yeux sont embués de larmes et je m'empêche de battre des paupières de peur de les laisser couler sur mes joues. Basile pleure. Cela me noue la gorge. Me monte à la tête et j'aimerais l'enlacer pour m'excuser mais je me contente de dire quelques mots.

« Tu crois que nettoyer les déjection des animaux, être soumis à la volonté de diva sans coeur et être un larbin est digne pour toi ? Ouvre les yeux, Basile! »

Mes mains tiennent ses petits bras fluets sans pour autant exercer une pression. Si j'en viens à appuyer ma colère sur sa peau, il en aurait des marques indélébiles. Et putain je ne veux pas abîmer le moineau. Je veux lui donner des graines, lui concevoir un petit nid douillet et le voir un jour devenir un magnifique condor ou autre oiseau majestueux. Ma voix peut paraître autoritaire et par rapport à d'habitude, elle prend un cran au dessus et se veut persuasive.

Je me redresse un instant et pose ma main sur le pan de la toile pour le bloquer entre mon corps et l'extérieur du chapiteau. Bien sur il n'aurait qu'à plier les genoux pour passer sous mon emprise. Encore une fois c'est une forme de détournement de sa fonction première. Ce soir, il resterait encore deux bonnes heures à nettoyer, balayer, détacher. Et étonnamment je refuse de voir son petit corps frêle subir le poids des bancs en bois et la pression du travail. Mes pupilles parcourent le cirque, lançant un regard désagréable au forain. Il va falloir que je m'explique clairement avec eux un jour. Quitte à m'en faire de véritables ennemis.

Mon attention se repose sur le précieux petit œuf qui se recroqueville contre la toile de tente comme pour se terrer et disparaître dans les plis du tissu. Je me recule d'un pas et lui tend mes doigts.

« Viens. Sortons d'ici. Je refuse catégoriquement que tu ailles ranger tout cela. Prends du temps pour toi. Suis moi. »

Tentais-je en gardant ma main tendue à la sienne. Viens petit moineau au fond de mon nid, là où tout est beau et le bonheur fleurit. Rejoins moi dans mes songes idylliques et laisse le cauchemar à tes pieds.


   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 04:41, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-28, 05:35


Au bord du spectacle



Pourquoi ne peut-il se taire ? Pourquoi se sent-il obligé de rajouter des mots pour appuyer ses gestes ? Il aurait suffit de caresses de ces longues mains pâles et fines pour le retenir. Quelques caresses sur ses propres plumes ébouriffées pour calmer ses battements d’ailes incertains. Basile est un oiseau pris au piège – pas un grand, pas un beau. Juste un oiseau attrapé par le lacet de quelques chasseurs en balade. Pas une proie d’un grand luxe, pas quelque chose qu’on pourra bouffer. Juste un apéro un peu bruyant, paniqué. Qui crie sans patience, qui s’acharne à fuir le collet sans voir que chaque tentative le fait se refermer plus durement sur ses chairs. Cela le chauffe et le brule comme des fils barbelés. Cela lui coupe le sang, mais pas le souffle.

« Lâche moi ! »

Il est effrayé. Effrayé par la portée des mots d’Hyacinthe. Par le jugement qu’il donne à sa place ici. Ce mépris non feint dont il peigne chacune de ses tâches. Les yeux de Basile sont deux grands puits de terreur sans fond. Et si Maitre Todd l’entendait ? Si Maitre Todd apprenait tout ce qui vient de se dire là – après tout il ne manque pas de petites mouches pour tout lui rapporter. Alors il croirait Basile lassé par son travail. Il lui demanderait de venir pour discuter de son contrat. Ou plutôt : de la rupture de son contrat.


« Car après tout monsieur Seldon,
il n’y a pas à s’encombrer de personnes peu motivées.
D’autres dehors seraient prêt à tout
pour obtenir votre place »

Et dans un soupir sifflant dessous sa moustache il rajouterait
« Je ne peux m’empêcher d’être déçu. »

Ce serait comme effectuer le chemin en arrière. Se retrouver de nouveau devant les palissades du cirque. Non plus amoureux, mais le cœur brisé. Ça serait revenir à la rue qui l’a accueillit – la rue et toutes les choses qu’il a du faire là-bas pour y garder sa place. Puis renoncer encore. Effectuer ses pas à l’envers. Remonter la grande rue, passer devant toutes ces maisons. Remonter le perron. Redevenir propre, sage, immobile. Et se déshabiller pour rejoindre le lit de son père.

« LÂCHE MOI ! »

Non NON NON plutôt mourir que de retourner là-bas. Il préférerait se tuer. Et tuer le cirque avec lui. L’emporter dans son caveau. Enserrer ses jolies mains autour du cou de son protecteur. L’embrasser et l’étrangler. Ne plus le lâcher. Faire simplement partie de lui, plutôt que de retourner à ses cauchemars.

Basile s’arqueboute. Se débat. Même si l’aile du corbeau lui barre l’entrée. Il recule, il ne veut pas fuir le cirque et sa scène. Non. Il veut lui appartenir dans son entier.

« Je ne veux pas prendre de temps pour moi ! Je ne veux pas te suivre ! Ici je suis bien ! Mon travail a plus de valeur que tu crois ! Alors oui je n’agite pas des petites banderoles en virevoltant comme toi tu le fais ! Oui moi je ne sais pas voler ! Mais il est content de moi ici. Il est content de ce que je fais ! Et ça me fait plaisir de faire tout ça parce qu’il compte sur moi ! Et qu’il est important pour moi de ne jamais, JAMAIS le décevoir ! Il est mon maitre et je refuse que tu dises tout ça ! S’il t’entendait il me haïrait ! Comment peux-tu me faire ça ! Comment peux-tu me mettre dans un tel embarras Hyacinthe ! Tu n’as pas honte ! »

Enfin il sent les mains le lâcher. Et surprit par ce geste, Basile recule trop fort à en heurter la coiffeuse de l’artiste. Son regard bleu flamboie. Il n’y a plus de peur maintenant. Juste de la colère.

« Je croyais que toi tu avais compris ! »

Qu’il est tombé amoureux de toutes ces atrocités, et qu’il redemande encore. Qu’il ne s’en plaindra jamais, qu’il se prélasse dans cette fange. Que ses muscles sont durs, que son corps est épuisé, affamé. Mais qu’il dort mieux la nuit. Qu’il ne pense presque plus à l’autre. Qu’il s’est trouvé un autre père ici, un nouveau mentor. Qui ne le fait pas souffrir. Qui lui montre simplement la voie raisonnable et méritante du travail. Qu’il n’y a rien sans efforts, et que des efforts il est prêt à en faire tout le temps. Pour pouvoir mériter la confiance de Maitre Todd.

Et il dessine mieux maintenant. Oui il dessine mieux maintenant.

« On se verra une autre fois. » il ne crie plus. Ca attire l’attention de crier. Et il ne veut pas que le boss assiste à cette scène. « Toi repose toi. … Tu en as bien besoin. »

Ce n’est que la fatigue qui peut le faire se tromper à ce point sur le compte de Basile. C’est la seule explication plausible.

Et Basile recule encore en se frottant la hanche. Essuie ses joues d’un coup de manche. Et disparait dans les coulisses avec les autres forains.

De nouveau invisible. De nouveau libre.






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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   2014-06-28, 11:49


 
THE END

 
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MessageSujet: Re: the end of glitter ▲ Selbas   

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