Les ragots
du cirque

UN CLIENT Naïa? C'est une âme noire! Une tentatrice! Elle veut notre argent... Et lorsque nous serons dépouillés, elle voudra notre mal! Je le sais... Elle se dit magicienne, mais c'est une sorcière! Un amoureuse de Satan! Et toutes les sorcières sont impures! Ne vous laissez pas séduire par ses yeux de braise, et méfiez-vous de son emprise! Il n'y a qu'une démente qui peut jouer avec l'eau ainsi!
UN DOMPTEUR On dit qu'elle est une sauvageonne! Abandonnée depuis la naissance qui se serait fait élevé par un meute de loup. Pas étonnant qu'elle semble autant dérangée...
THERESA DITE FLEISH Zhuang est très anormal. Il pense très différemment des humains si nous établissons une moyenne. Ce qui fait en sorte qu'il y a des chances qu'il ne soit pas humain. C'est logique. Mais il sait faire de la violence alors il est peut-être humain.
LE LIVREUR DE VIANDE Larry, mon collègue, a disparu récemment... Après avoir vu chacun des artistes en scène, je soupçonne celle qu'on appel la Dummy Puppet. Mais oui! Jouer à la stupide et stoïque est le meilleur moyen de ''prouver'' l'innocence! Mais ses yeux inspirent la mort... Je le vois!
UN CLIENT Non mais c'est quoi ces deux tarées?! Espèces de folles!! Je les ai vu, moi, s'évader de l'asile psychiatrique!! Avec du sang sur leurs vêtements... Comment elles ont pu?! Et avec un air de s'en foutre à la con! Je les reconnais!! Oui, une clown avec un parapluie et une autre avec une perruque rose! Si vous voulez mon avis, elles devraient retourner en psychiatrie! C'est là qu'elles appartiennent, pas au cirque!
UN FORAIN MAL INTENTIONNÉ Oui, oui! Un frère, et sa soeur, dans la même caravane! Puis sa soeur a disparue... Tu parles, ouais! C'est clair qu'il s'en ai débarrassée dès qu'il s'est aperçu que Maître Todd laissait sa soeur plus longtemps sur scène que lui, le salaud! Il se fait appeler Prométhéus! Tenez-vous loin de lui, surtout...
UN CUISINIER Cette petite garce aime bien se faire enculer, haha! En tout cas, apparemment qu'elle peut pas dire le contraire... Bin non, elle est muette! Elle traîne beaucoup avec une petite fille... Une vrai salope, je te dis!
CHARLOTTE WEISS Je ne lui fais pas du tout confiance à cette... Ravenna. Je l'ai vue, l'autre jour, et elle... Elle avait un poignard dissimulé sous sa jupe, à sa cuisse! Pourquoi traîner une telle arme en sachant que l'air du cirque est sécuritaire pour tous ses employés? Et aussi... Je l'ai vu, la nuit, rôder en présence d'une amuseur publique... Elle ne me dit rien qui vaille.
∎ Notre chouchou du mois !!
Le membre du mois est NOM DU MEMBRE pour RAISON RAISON RAISON. Le membre a été choisis par LES MEMBRES DU FORUM/LE STAFF. Merci pour votre participation!



 

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 the show must go on ▲ The Watcher

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MessageSujet: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-04, 16:19


   La veille. Les lampions clignotent et éclairent par intermittence les allées sableuses du cirque. Il est tard. Les derniers artistes regagnent leurs caravanes ou leurs tentes. Oublient pour un moment le feu de l'action et les spectacles pour se perdre dans leurs couchettes. Dieu seul sait combien j'aimerais pouvoir me perdre dans mes draps et rêver d'un monde meilleur que celui de cette foire. De la boue sur ma pommette et du sang sur mes lèvres. L'homme en face de moi ne semble pas être très heureux. Il hurle à qui veut l'entendre que je l'ai arnaqué. Que je ne mérite pas l'argent dûment gagné à lui procurer du plaisir. Et pour accentuer la douleur et le dégoût, ses mains s'abattent violemment sur mon corps. Ma nuque rougit. Mes cheveux s'entremêlent. Ses cris torturent mes tympans jusqu'à ce qu'un forain passe non loin pour faire un peu de ménage. Le client prenant peur, il s'empresse de quitter le cirque. Passant la barrière. Mes pupilles vairons l'observe longuement alors que mes doigts essuient le sang, sentant la chaleur sur mes joues.  Encore un soir où je ne pourrais pas dormir. Torturé par la mélancolie, la honte et l'énervement. Un soir que je passerais à réfléchir, recroquevillé dans une position fœtale. Espérant que mes rêves d'Eden voient le jour. L'espoir fait vivre.

L'esprit lointain et l'estomac barbouillé comme après un voyage en mer, les bruits de pas des artistes alentours me donne la migraine. Je me sens comme invisible entouré de petites fourmis qui s'affèrent. Des coups de coudes me sont donnés, des insultes sont lâchés et lorsqu'un flash de lumière brûle mes rétines, je reviens à moi. Mes mains glissent le long de mes bras maigres alors que je m'avance à petits pas jusqu'au centre de la scène. Balayant la salle du regard, je m'attarde sur quelques forains qui préparent les bancs, nettoies les allées tandis que nous tentons de nous entraîner. De faire mieux.

Tirant sèchement sur les rubans pour m'assurer de leurs tenues, mes doigts s'enroulent autour des tentacules pour me hisser jusqu'à un petit nœud. Passant mes jambes de chaque côté dans le vide, je réajuste nerveusement le corset qui cache négligemment mon corps maigre et mon torse. Quelque chose me laisse perplexe. Une sensation étrange. Un mélange de fatigue et d'angoisse. Le cœur battant rapidement comme s'il allait à tout moment implosé, je décide à prendre un peu plus de hauteur. Être aussi haut que me le permette les rubans. Assez haut pour que le simple fait de lever le bras puisse me faire toucher le plafond. Frôler le Paradis. Pouvoir être un ange.

Relâchant un instant le ruban pour espérer me concentrer sur mon numéro, sur mes dernières idées de spectacle, l'inattendu arrive. Prenant une profonde inspiration, un voile passe rapidement devant mes pupilles. Tout semble fou. Le manque de sommeil. Un corps faible. Mes doigts relâchent lentement la tentacule. Mon pied glissant le long du tissu, la chute libre est enclenchée. Les paupières fermées et le corps alourdi par l'évanouissement, les rubans dansent diaboliquement. A quelques centimètres du sol, elles me laissent stagner.

Reprenant mes esprits quelques secondes plus tard, je me débats rapidement pour me détacher. Mon crâne heurtant le sable dans un léger gémissement de ma part. Mes doigts appuient sur ma chevelure noire pour retenir la douleur. Un petit hématome risque de rapidement se créer et mon genoux autrefois endommagé par ma défenestration se met à saigner de nouveau. Presque honteux, je me recroqueville lentement et serre mes doigts sur mon genoux sanguinolent.

Il m'arrive si peu souvent de tomber. Je ne prends pas le risque de monter si je ne me sens pas capable d'assumer la hauteur et la difficulté. Alors pourquoi être monté aujourd'hui ? Peut-être pour prouver que je ne suis pas un pauvre oiseau. Pour espérer créer un nouveau numéro et le jouer en fin de semaine. Toujours est-il que tremblant sous l'adrénaline qui retombe et la faiblesse de mon corps, je relâche lentement mon front pour observer mes doigts couvert de sang. Le regard vitreux. Loin de la réalité.

Et même si le maquillage coule, que la force n'est plus là. Le spectacle doit continuer. Envers et contre tout. Il faut croire qu'aujourd'hui, je n'arriverais pas à me motiver seul. Je m'en veux bien trop.

   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 04:28, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-05, 12:52

❝THE SHOW MUST GO ON.❞
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Pour beaucoup d'artistes, la journée est finie, à cette heure-ci. Ils s'en vont rejoindre leurs roulottes chaudes et familières et vident les alentours du cirque de leur vie. Les clients et curieux sont partis depuis longtemps. Seuls circulent encore les agents de maintenance, les petites mains du cirque, seules rôdent encore les âmes qui veillent dans l'ombre au bon déroulement de la foire et des spectacles. Il n'est pas si rare, cependant, de croiser encore à cette heure quelques artistes trop consciencieux, perfectionnistes, qui refont encore et toujours leurs numéros, travaillent chaque millimètre, chaque souffle, chaque détail. Ou simplement certains qui, réticent à répéter sous des yeux indiscrets, préfèrent le calme du soir et la fraîcheur de l'ombre pour s'adonner en silence à leur art.

Je profite de cette ambiance confidentielle, de la piste déserte et des gradins vides pour effectuer mes contrôles du soir, un carnet à la main. A côté de moi, ce gamin, encore des petites mains qui font fonctionner le cirque. Il est débrouillard. Il vient de la rue, aussi, alors on se comprend pas mal. Il est malin, calme et perspicace. Appuyé sur son balai, il embrasse d'un regard l'intérieur du Grand Chapiteau. Levant le nez de mes notes, je fais de même. Ce soir, une toile de satin vibre dans les airs : Hyacinthe O'Kowski s'entraine. Un autre que le travail tuera. Un moment, j'observe son entraînement. Les rubans l'ont porté très haut dans le chapiteau. Trop haut même ; si les rumeurs que j'ai entendues à propos de son état de santé sont vraies, c'est à la limite de l'inconscience. Mais je me dis qu'il doit savoir ce qu'il fait. Ce n'est pas parce que quelqu'un vous dit qu'il faut toujours faire plus qu'il faut effectivement le faire. Je me demande rapidement si une remarque de ce type ne m'a pas échappée la dernière fois que j'ai vu.

Une petite pression sur ma manche me tire de mes pensées. « Monsieur... » le petit me fait remarquer timidement. Il n'ose pas, mais je sais qu'il s'impatiente, et c'est normal. « Je n'en ai plus pour longtemps » je lui offre avec un sourire doux, tout en montant un peu les gradins. Un bruissement de satin plus fort que les autres me fait cependant me retourner, à temps pour voir Hyacinthe O'Kowski dégringoler vers le sol.

Tout se passe très vite, je n'attends pas pour réagir et déjà me dirige froidement vers la piste. Une myriade de pensées me défile dans la tête, j'essaie de les éliminer pour laisser seulement la place au nécessaire.

Les rubans ont arrêté le corps de l'acrobate à quelques centimètres du sol, dieu merci. Ça tient presque du miracle. Mais pour autant, la chute a été vertigineuse et ne sera probablement pas sans dommage. A quelques mètres de Hyacinthe, je m'assure de son état de conscience. « Hyacinthe. » je dis calmement. Ça ne sert à rien de lui demander si ça va. Je veux juste l'avertir de ma présence (et de celle du gamin qui naturellement, m'a suivi). Je m'approche. Il a l'air vaguement conscient, sans pour autant me reconnaître. Je l'observe un instant pour avoir un aperçu de son état. Ça saigne. Une de ses vieilles plaies s'est rouverte. Je me tourne vers le mioche, et lui dit d'une voix basse, comme si une ordre donné trop fort aurait pu aggraver la douleur du blessé : « Amène-moi ... » Le docteur, Isaac Hall. Non. J'arrête mes mots à l'instant où ils vont sortir. Non, il ne vaut mieux pas, on va se débrouiller tout seuls, ça n'a pas l'air si grave. J'espère pas.

« Amène-moi le nécessaire de secours. » L'ordre n'est ni pressant, ni angoissé, mais à travers la voix grave et posée, le gamin saisit la gravité de la situation et disparaît illico. « Hyacinthe, le p'tiot est allé chercher de quoi te soigner. Je vais te faire descendre au sol, ok ? » Je sais que c'est important de garder un contact sonore. D'un œil, je vérifie qu'il est toujours conscient. Il ne comprend peut-être pas ce que je dis, mais peu importe.

J'ai quelques secondes pour essayer de me rappeler comment je me débrouillais dans la rue, lorsqu'un de nous était blessé. J'enlève mon manteau et l'étend au sol. Avec des précautions extrêmes, je défais lentement les rubans qui tiennent encore le corps de l'artiste en l'air. « Je défais les rubans, mais je te tiens. C'est bon. » Doucement, je reporte son poids sur mon genou, l'autre au sol, soutient sa tête d'une main et défait les nœuds de satin d'une autre. Les rubans glissent dans un bruissement et se dérobent, libérant leur proie. Concentré sur mes gestes, je dépose le corps de l'acrobate sur mon manteau, au sol. Il ne faudrait pas que du sable vienne s'incruster dans sa plaie.  Je l'amène à se positionner lentement sur le côté, les jambes pliés, les bras sous la tête, comme Teddy Stadler me l'a appris (paix à son âme). « Voilà, c'est bon, ne bouge plus, reste calme. »

Je sais qu'il va falloir nettoyer sa plaie, mais je ne suis pas médecin. D'un autre côté, j'ai pas envie d'appeler l'autre barjot, j'aime mieux encore m'en occuper moi-même. Mais je sais aussi que je ne pourrai pas faire ça là, pas avec tout ce sable qui reste de se ficher dans la plaie, mais d'un autre côté, je ne sais pas bien si c'est trop prudent de le porter jusqu'à sa roulotte, ou même autre part. Ça saigne pas mal, alors je récupère un des rubans pour compresser la plaie. « Je vais appuyer sur ton genou pour arrêter le saignement, ça va faire un peu mal, mais reste tranquille. » D'un œil, je surveille ses réaction, et de l'autre, je guette le retour du gamin. Je me demande toujours quelle est la meilleure stratégie à adopter.

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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-05, 14:23


   Une flèche tiré en plein cœur de mon plumage noir de jais. Et la chute semble longue et périlleuse au point que mes paupières se ferment. Quelques instants, je perds conscience. Porté par les tentacules de satin qui cisaillent ma peau et la brûlent à certains endroits. Rien de grave. Rien n'est grave. Une fois habillé de ce nouveau costume que j'ai réclamé à notre patron et plus rien ne sera visible. La douleur quant à elle sera masquée par l'Opium ou la Cocaïne. Je dois faire mieux. Être plus performant. Prouver au public et surtout aux autres artistes que je suis bien plus fort qu'ils ne le pensent. Un oiseau indépendant. Il me semble même que l'on m'en ait fait la réflexion il y a peu. Voyons Hyacinthe tu devrais faire mieux! Tu en a toutes les qualités. Travaille plus durement et tu seras l'attraction préférée de ce spectacle. Quitte à en souffrir, il vaut que je sois meilleur.

Une main ramenée sur mon torse pour pouvoir tirer négligemment sur le corset, je réussi à en extraire quelques fils pour libérer ma cage thoracique. Dans une profonde inspiration, mes poumons se gonflent et ma peau s'étire pour me laisser pleinement respirer. A la fois conscient et dans un état second - surement dû à la hauteur parcouru si rapidement - quelque chose me retient de ne pas sombrer dans l'inconscience ; cette voix. Elle ne m'est pas inconnue. Alexeï Vassilev. Il est de ces personnes qui nous encadrent, supervisent nos idées et dont je me suis lié d'amitié. Si ce n'est plus. Le timbre de sa voix me berce quelque peu tandis que son corps s'approche du mien. J'aimerais pouvoir bouger mais j'ai l'impression que mon corps m'en empêche comme une carapace. Néanmoins mes paupières entre ouverte observe le sable. Le voit flou. Semble me dire que cette chute était plus vertigineuse que je n'ose l'imaginer.

Néanmoins lorsque le forain reprend la parole, je me force à acquiescer. Un simple signe de tête qui prouve que je l'entends. Que quelque part, tout va bien. Ce n'est pas si grave. En apparence. Je crois que le plus douloureux est cette sensation que j'ai d'avoir échoué. De n'être qu'un pauvre corbeau pestiféré. Incapable de donner des numéros digne de ce nom. Les rubans se défont lentement et je l'aide au mieux possible en bougeant ma jambe valide et mes bras pour en défaire les bouts de tissus. Ceux-ci se déplient et remontent à quelques centimètres du sol, nous laissant libre de nos mouvements. Les tentacules m'ont lâchées.

En même temps que mon corps quitte l'étreinte du ciel, les bourdonnements dans mon crâne se calme. Et mon corps blottit un instant contre le sien me revient doucement, me faisant bouger doigts et jambes pour me réapproprier ce qui est à moi. Mes pupilles batifolent un instant avant de se relever vers le visage d'Alexeï. Un visage fin et pourtant grave. Comme fermé aux sentiments. Silencieux, mon regard vairon dévisage cet homme. Longtemps je l'ai côtoyé et ce soir, tout près de lui, quelque chose chose naît au fond de mon thorax. Une sensation de chaleur. Quelque chose de bon. Dans des mouvements fins, mes lèvres peintes de rouge s'entre ouvrent. « Alexeï. » murmurais-je simplement comme pour lui prouver que je suis complètement conscient de la situation.

Ses mains me relâchent et bientôt ma nuque se pose délicatement sur son manteau. Observant le plafond et la hauteur de laquelle je suis tombé, tout cela me donne lentement la nausée. En résultat, je n'ai que la réouverture de ma plaie au genoux. Quelques douleurs au niveau de mes mains et mon thorax qui ont rapidement frottés les tissus et ont été légèrement brûlés. Rien de grave. Dans un mouvement lent, mes doigts rejoignent les siens pour appuyer sur le tissu. La soie blanche se colore de rouge. Mes doigts libre glissent dans mes cheveux pour les ôter de mon visage et pouvoir prononcer plus aisément quelques mots. « Je suis désolé. »

Ayant totalement repris conscience, je me permets de lentement me redresser sans pour autant changer la position de mes jambes. Ma peau blanche couverte de cicatrices est maintenant salie de mon propre sang. Mes doigts appuient toujours sur les siens pour calmer la plaie. Lui prouvant ainsi que malgré les apparences, je ne suis pas en sucre. Qu'une pression de ses doigts ne me brisera pas davantage. Observant la plaie par dessus le tissu, je repose mon attention sur le visage du forain. « Je pense qu'il va falloir recoudre la plaie. Elle a déjà été sollicitée, mal cicatrisée. » et si elle n'est pas convenablement traité, elle risque à nouveau de s'ouvrir. L'idée qu'une aiguille traverse ma peau ne me plaît guère. Pourtant cela ne m'effraie pas si Alexeï s'en occupe.

Je me perds à nouveau à observer son visage, la pression de ses doigts sur ma peau. Son toucher. C'est une situation dramatique dans le sens où jamais je n'aurais voulu tomber et me blesser. Quelque part, je remercie celui qui m'a fait me sentir mal. Les lèvres entre ouvertes, mes joues prennent quelques couleurs. Malgré le maquillage - peu présent en cette soirée - mes joues deviennent rouge. Gêné de le dévisager ainsi. Inconsciemment, je cherche un contact visuel avec lui. Un contact charnel. Humectant longuement mes lèvres et mordant celles-ci comme pour me faire revenir à la réalité, mon regard se perd sur le sable. Bon dieu qu'est-ce qu'il m'arrive ?

Dans mon genoux, le sang bat à plein régime et un instant j'espère que le petit revienne rapidement. D'un autre côté, j'espère qu'il mettra du temps. Pour être en tête à tête avec Alexeï. Même si je ne suis pas bavard. Relevant à nouveau mon regard dans le sien, mes lèvres s'étirent timidement dans un léger sourire. Sourire que je ne laisse pas souvent s'afficher sur mon visage mais à nouveau je lui adresse la parole pour lui murmurer un mot. Un mot plein de compassion et de joie. « Merci. »

   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 04:29, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-09, 11:52

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Il semble conscient, et sa résistance malgré sa chute vertigineuse m'étonne. Sa silhouette est gracile, mais il semble qu'il soit bien plus solide que son apparence ne l'annonce. Cependant, couché là, sur le côté, ses membres fins semblent de fines baguettes de verre et il donne l'impression d'être un petit oiseau tombé au sol. Sur mes mains, jointes sur la plaie, glissent ses doigts glacés et meurtris. Je relève les yeux vers lui, hausse un sourcil. « Pourquoi est-ce que tu t'excuses … ? » je souffle dans un murmure, mais c'est rhétorique, aucune réponse n'est attendue, mais ça m'échappe comme ça, parce que je ne comprends pas comment on peut s'excuser d'avoir mal... Je sais d'expérience que la douleur, il n'y a rien de pire, elle vous bouffe le corps, elle vous écrase les pensées, elle s'impose et il n'y a plus qu'elle en vous, et à un moment vous pourriez faire tout, tout, pourvu qu'elle recule un peu et vous laisse respirer.

Alors qu'il se redresse, je garde un œil attentif sur lui, prêt à le dissuader de toute initiative dangereuse. Ce n'est pas le moment ; d'autant que je ne suis pas sûr, malgré la bonne volonté qu'il montre, qu'il soit pleinement conscient de la situation. J'ai pas eu souvent d'accidents graves depuis que je suis au cirque et c'est tant mieux. Alors autant continuer comme ça, garder le contrôle de la situation et tout devrait rentrer en ordre. Ses mains posées au-dessus des miennes, c'est ce qu'il a l'air de vouloir faire : se prendre lui-même en main, mais je sais que pour le moment il ferait mieux de laisser faire. Du rouge s'est jeté sur ses joues, il semble troublé, sans me lâcher du regard, je comprends que la douleur lui fait perdre pied, mais il lutte. Sous mes doigts je sens le sang qui cogne contre la plaie à chaque battement de cœur. « Quand le saignement se sera calmé. On va recoudre. Ça va probablement t'empêcher de répéter pendant un moment mais... c'est nécessaire. C'est pour ton bien. »

Maître Todd n'aime pas bien les arrêts maladie, je devine. Hyacinthe pourrait risquer sa place, si cette blessure révélait une faiblesse plus profonde, une vieille blessure, comme le disent les rumeurs. Pour masquer cette pensée, je lui offre un petit sourire d'encouragement, mais dans ma tête, j'imagine déjà ce qui pourrait se passer. Le cirque ne garderait pas un bibelot pour faire joli. Alors ce serait la rue, et la rue je sais ce que c'est, et la rue bordel... Je me ressaisis, parce que je sens que mes yeux sont partis dans mon passé, que mes sourcils se sont froncés, et Hyacinthe, par-delà les brumes qui enlisent sa confiance, m'interroge de ses yeux dépareillés. Je secoue vaguement la tête. Je suis doué pour faire semblant de sourire.

D'un coup, il me rend mon sourire, mais honnêtement, lui, et il me remercie, et à ce moment-là je sais pas vraiment comment le prendre. C'est pas comme si je l'aidais vraiment, c'est pas comme si j'avais pu le laisser crever au milieu de la piste sans avoir toute la troupe sur le dos, et le vilain sentiment d'être redevenu un connard aussi. C'est pas comme si je m'en fichais complètement, et c'est pas comme si je surveillais le vol de nos oiseaux, et en particulier les hauts voltigeurs comme celui-ci. Quand on fait de tout, comme moi, on recueille aussi ce qui tombe, et peut-être est-ce au-delà de mon boulot, mais c'est aussi mon boulot. Avec un sentiment de prendre toute une petite famille sous son aile.

« Monsieur Vassiliev... c'est tout ce que j'ai pu trouver... » Le gamin est revenu, et pose à côté de moi une trousse des plus... rudimentaires. Je retire une de mes mains pour fouiller et faire l'inventaire. « Je vais faire un bandage provisoire... ce sera déjà ça... après, on avisera. » Et je prends les ciseaux, les bandes de tissu, et le sceau d'eau que le gamin a pensé à apporter, parce que je sais bien qu'on fait pas ça avec de l'eau, mais l'eau c'est tout ce qu'on a. C'est pas un hôpital ici.

Doucement, j'enlève ma deuxième main et laisse Hyacinthe appuyer de lui-même sur la plaie. Je prends les ciseaux, un linge humide et je lui fais signe d'écarter ses mains de la plaie. Lentement, presque timidement, comme ayant honte, ses mains s'écartent et dévoilent l'ampleur des dégâts. Le mieux que je puisse faire, c'est de ne pas réagir, de rester calme pour que lui le soit aussi, donc c'est ce que je fais. Avec précautions, je découpe le tissu autour de la blessure et lui fait signe de l'enlever (le coton s'est collé avec le sang, vaut mieux qu'il le fasse lui-même, parce que c'est pas une partie de plaisir). Le linge sert à nettoyer le sang autour de la plaie, mais surtout pas dedans (j'ai pas envie qu'il tourne de l'oeil juste là).

Et puis d'un coup, je me sens un peu dépassé, un peu inutile, je regarde autour de moi, et je me rends compte que le bandage que je m'apprête à faire, avec tout le soin et l'application dont je suis capable, va ressembler à du rafistolage comme on en fait dans les bas-quartiers après les bagarres et les accidents. « Je vais pas pouvoir recoudre moi-même. Je ne suis pas médecin. Ecoute, je vais te transporter jusqu'à l'infirmerie, et le docteur Hall va s'occuper de toi. » Prononcer le nom de cet illuminé, ça me met en rage contre mon impuissance. Mais c'est pas comme si j'avais réellement le choix, on parle de choses sérieuses. Si Hyacinthe n'est pas soigné correctement, alors... ce pourrait être la fin de sa carrière d'acrobate.


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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-09, 14:35


   Quand le corps est habitué à la douleur, une blessure de plus ou de moins ne l'atteint pas. C'est comme si esprit et mon corps pouvaient se dissocier. Quelques bourdonnements encore présent dans mon crâne et le sang pulsant violemment dans mes veines, mes joues prennent quelques couleurs. Un mélange de fatigue qui se montre et peut-être autre chose. Son regard cyan. J'ai l'impression qu'ils transpercent les miens de couleurs divergentes. Inconsciemment, je m'excuse. Honteux d'être ainsi tombé du nid. D'avoir brisé l'une de mes pattes. Baissant la tête face à Alexeï comme pour prouver que je ne pourrais pas encore voler de mes propres ailes et donc devenir indépendant. J'ai presque envie de quitter le chapiteau, quitte à boiter et m'abîmer davantage. Mes longues mèches noires cachent un instant mon visage comme une paire d'aile dans lesquelles je m'abrite confortablement pour passer inaperçu.

J'aurais aimé ne pas me briser les ailes. Allez savoir ce qu'il va penser de moi dorénavant. Que je ne suis qu'un acrobate raté, un vulgaire pion que Maître Todd pensait être utile mais qui s'avère hors jeu. Je redresse mon regard vairon dans le sien d'un bleu troublant et reste abasourdi par ses mots. Lors de mon entrée au cirque, j'ai stipulé à notre patron que si je ne pouvais pas faire mes acrobaties pour des raisons x ou y, je rapporterais tout de même un salaire au cirque. Comment ? En me prostituant. Que pourrais-je faire en dehors du cirque ? Ce serait me jeter dans la gueule du loup. Les rues de Londres sont malfamés. Et j'ai pour ainsi dire toutes les tares : androgyne, gay, maigre, chétif, faible. On aurait rapidement fait de me mettre à tabac. De me lapider en place publique.

Le visage baissé pour observer le sable de la scène, un violent frisson parcoure toute mon échine. Néanmoins Alexeï à raison et si je ne mets pas le temps de soigner tous mes maux, j'irais d'arrêts en arrêts et le patron risquera de me fiche à la porte une bonne fois pour toute. Ce serait un suicide. Pour espérer lui redonner un peu de baume au cœur, sentant que son esprit est aussi embrumé que le mien - mais pour des raisons différentes - je le regarde de nouveau et acquiesce. « J'ai une autre activité que l'acrobatie alors s'il faut que je ménage ce genou, je le ferais. »

Inconsciemment je sais que j'écouterais les conseils d'Alexeï. Il a une certaine pression sur moi et alors que le petit revient avec la trousse de secours, mon regard se perd encore sur le visage de l'homme. Un visage fermé, froid et mystérieux qui ne me laisse pas de marbre. Et malgré moi je me laisse aller à rêvasser et batifoler dans mes songes. Il a ce don de me faire partir dans des songes involontaires. Comme si à ces côtés plus rien n'avait d'importance et pendant quelques instants, je ne ressens plus la douleur dans mon genou. Elle est remplacée par une certaine chaleur dans mon corps. Un nouveau frisson parcoure mon échine.

La plaie apparaît lentement lorsque mes doigts la libère. Il y a plusieurs mois des bouts de verre étaient encrées dans mon épiderme nacré. Aujourd'hui la plaie est bien moins laide. Mes doigts salit du sang chaud laisse des traces sur mes cuisses alors que je tire petit à petit sur le tissu noir pour dévoiler l'ampleur des dégâts. Reposant une main derrière moi pour me maintenir, l'effluve du sang remonte et me laisse un instant embarrassé. L'estomac vide grogne et je me retiens de ne pas utiliser le sceau pour en vider mon intestin. Ne pas avoir mangé et sentir l'hémoglobine me donne des nausées.

Je me permets de glisser mes doigts dans l'eau fraîche pour en ôter le sang séché alors que mon regard se pose sur Alexeï. Soudainement on dirait que les rôles s'échangent. Un tantinet tremblant malgré moi, je me rends compte que le forain semble dépassé. Presque perdu. Je m'apprête à lui expliquer que tout va bien mais ses mots me heurtent et rapidement, je réplique. « Je ne veux pas aller là-bas! » c'est presque sorti comme un cri. Jamais. « On va le faire. » répliquais-je automatiquement.

Pressant le linge humide dans le sceau, je me permets de le poser sur ma plaie et d'appuyer quelque peu pour nettoyer le sang séché. Les doigts tremblant malgré moi à l'idée qu'il reste campé sur sa position. Je n'ai jamais été voir ce médecin. Jamais. Et je ne veux pas. Je n'ai pas entendu que des bonnes choses sur lui et je ne veux pas être une victime de plus. Pressant le linge pour en ôter le sang avalé qui coule sur ma cuisse maigre, je le laisse reposer dans le sceau un instant. Observant ce qui repose près d'Alexeï, j'attrape une petite bande pour pouvoir essuyer le sang supplémentaire sur ma plaie. Petit à petit, l'hémoglobine cesse de pulser et la plaie apparaît telle qu'elle est. La peau est légèrement ouverte laissant apercevoir l'intérieur de mon épiderme. Rien de grave. En quelques coups d'aiguilles, tout cela sera réparé.

« Regardes si tu trouves une aiguille. » mon regard vairon se pose dans celui d'Alexeï. La peur est encore palpable comme la honte mais je décide de prendre les choses en mains. Je ne comprends pas vraiment cette baisse de courage. On dirait que quelque chose le gêne. La peur de toucher à une poupée de porcelaine ? Peut-être imagine-t-il que je vais me briser entre ses doigts. M'effriter comme neige au soleil. Je recommence à me perdre dans la singularité de son visage quand je vois ses doigts. Ses doigts couverts de mon sang.

« Attends. » demandais-je d'une voix plus douce alors que mes mains prennent les siennes de façon à pouvoir les approcher du sceau. Le linge humide glisse sur ses doigts. Le liquide rougeâtre quitte sa peau et glisse dans le sceau alors que je prends le temps de lui sécher avant de relâcher ses mains. Ce contact. Mordant mon piercing à la lèvre inférieure, je relève mon regard dans le sien sans pouvoir retenir le nouveau rougissement de mes joues. J'ai à la fois hâte et crainte qu'il trouve le petit bout de métal. Mon regard se perd un instant dans le sien avant que je ne me remette dans ma position initiale, les joues chaudes et mes doigts courant jusqu'à mon genoux pour observer plus amplement la plaie.

   


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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-13, 15:50

❝THE SHOW MUST GO ON.❞
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Il me force la main. Comment lui faire comprendre que si c'est moi qui me charge de ce truc, il aura une balafre immonde qui ne soignera peut-être pas ? Que sa jambe fragilisée par sa chute ne se rétablira pas, et que si tout cela continue, cela pourrait lui faire perdre sa place au cirque ? Je n'ai jamais apprécié Isaac Hall. Peu de monde l'apprécie, me semble-t-il ; aussi je comprends la réticence de Hyacinthe. Mais il faut aussi faire preuve d'un peu de bon sens. En 30 ans à errer dans les rues, j'en ai vus, des jambes, des bras, recousus avec un fil qui traînait par quelqu'un qui savait à peine coudre. Dans beaucoup de cas, la plaie s'infectait. Et parfois, ça allait jusqu'à la gangrène, alors il fallait amputer. Certes les conditions d'hygiène ne sont pas les mêmes qu'ici. Alors je sais pas trop ce que ça donne...

Mais lorsqu'il finit de nettoyer sa plaie, je vois que ce n'est pas aussi grave que ce que j'avais pu imaginer. La peau est ouverte assez superficiellement. Enfin, pas tant que ça, je me dis en me penchant dessus pour l'examiner sous plusieurs angles, mais ce n'est pas si profond et -dieu merci- on ne voit pas l'os. Je relativise, comme toujours. Extérieurement, je suis toujours imperturbable. Dans ma tête, des sentinelles infatigables se chargent de défendre l'entrée aux doutes et angoisses. Aussi je balaie rapidement mes dernières hésitations et je me dis que merde, il faut le faire de toutes façons, alors autant y aller franchement.

En me retournant pour attraper le matériel de boucherie, la voix de Hyacinthe m'arrête en me barrant le passage d'une bande de velours. Je me retourne, mais déjà il prend mes mains dans les siennes. Je ne bronche pas, mais dans mon esprit je tique un peu. Il prend un soin trop appliqué pour me laver les mains – oui je dis bien me laver les mains, sur l'instant je ne sais comment réagir alors je ne réagis pas. Pour la seconde fois un mot me traverse l'esprit, pourquoi ? Et alors que sa délicatesse presque féminine s'applique à effacer les dernières traces de sang, c'est à peine si je le laisse terminer. Je n'attends pas qu'il me lâche ; j'enlève moi-même mes mains. Pas de violence, pas de colère, mais simplement, j'en prends l'initiative.

Je ne sais trop pourquoi, je me sens mal à l'aise, et c'est assez rare pour être souligné. Si j'avais pu passer à la scène suivante, quelques heures plus tard, au chapitre prochain, je l'aurais fait. Quand vous avez l'habitude de contrôler la situation, être jeté dans un problème que vous ne maîtrisez pas face à une personne dont vous ne pouvez appréhender les réactions est quelque chose de particulièrement délicat. Alors je fais peut-être exprès de mettre du temps à trouver l'aiguille, le fil, et sûrement d'autres trucs sont nécessaires pour faire une suture, mais moi j'y connais rien, et finalement, s'il est un peu maso sur les bords, c'est pas vraiment de ma faute. Je suis responsable, oui, on viendra me demander des comptes au besoin, mais comment laisser là cet oiseau brisé et lui ramener un scientifique complètement fêlé qui se fera une joie de lui arracher quelques plumes au passage ?

J'improvise. Je lui donne un linge humide – le seul à peu près propre -, je dis au gamin de passer de l'autre côté, au cas où, et de tenir la jambe. Il s'exécute sans broncher, mais en me lançant un œil angoissé. Je lui rends le regard que je lui fais toujours – celui de l'adulte qui a la situation en main, mais cette fois, c'est vrai, je lui mens un peu. Mais ça a l'air de marcher.

Alors seulement j'essaie de me rappeler des rares fois où j'ai passé une anguille dans de la chair, dont une dans la mienne (la paume gauche, j'ai toujours la cicatrice). Ma concentration me happe tout entier. Je commence à travailler, précautionneux, précis. L'aiguille perce la peau déchirée. Des étoiles de sang tombent tout autour et constellent sa peau et la mienne. Premier point ; je serre le fil. Je grince ces dents – je n'ai pas mal pour lui, parce que c'est pas franchement le genre de choses qui m'atteignent, mais j'ai déjà le sentiment de faire des conneries. Je continue, parce que de toutes façons je ne peux pas faire autrement. Je vais toujours doucement, et puis soudain me traverse l'idée que ce n'est pas forcément une bonne chose. Je lève le regard vers mon « patient ».

Ses yeux me percutent. Et percuter c'est véritablement le mot ; c'est presque si je garde l'anguille entre les doigts. Je me sens comme pris sur le vif, en flagrant délit, délit de mutilation, les mains jouant au-dessus de la chair éclatée. Quelques secondes flottent dans l'air. Et puis, d'un seul coup, une colère descend dans mes veines. La chaleur s'empare de mon corps et la rage raidit tous mes muscles. C'est comme si mon esprit se cabrait à l'intérieur de moi. Je comprends vaguement pourquoi, je sais que je ne veux pas de cette proximité, de cette ambiguïté, de cette.... intimité de ces yeux dépareillés qui violent mon territoire. Je sais que la colère, j'en suis tout à fait étranger, et je sais...

Je sais que cette colère me rend malade, car c'est comme la brûlure du désert sur un corps nu.

Alors pour me protéger, pour tenter d'endiguer cette vague inattendue avant qu'elle ne déborde sur mon aspect physique ou même mon regard, même ma voix, avant qu'on ne puisse remarquer quoique ce soit, je m'arrache à ses yeux. Je plonge l'aiguille dans la chair. Jaillissement de sang. Autant que je peux, je retiens mes gestes. Mais la pointe acérée s'abat, toujours précise, mais d'un coup plus cruelle. Il n'y a plus de douceur, plus d'oiseau fragile, plus de délicatesse à préserver, juste deux putain de bouts de chair à recoller ensemble.

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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-13, 18:00


   Malgré que je renie le fait d'aller voir notre psychopathe de médecin Isaac Hall, je me fais la promesse d'aller lui montrer la plaie recousue dans les jours à venir. Pas que je ne crois pas au bon travail d'Alexeï mais surement me faudra-t-il davantage d'opium pour supporter la douleur. Bien que cela soit un peu douloureux de bouger mes muscles et mes os, j'imagine que rien d'important n'est touché. Je risque de voir un bel hématome se développer sur la plaie qui restera sous une forme de petite cicatrice. J'ai même espoir que tout cicatrice normalement et qu'un jour en prenant une douche, le fil tombe de son plein gré et laisse ma peau liberté de cet artifice. Ainsi je pourrais retourner sur scène sous l’œil attentif d'Alexeï et le remercier d'un sourire pour le bien qu'il m'aura fait. Pour une vulgaire petite aiguille qui aura ramené deux bouts de peau en un seul. Je le remercie déjà d'un simple regard.

Mes yeux vairons n'éprouvent aucune once de peur ou de dégoût. Dans mon ventre quelques douleurs se forme mais je ne souhaite aucunement le démontrer. D'une part parce que je ne suis pas aussi faible qu'on peut le penser et que je gère parfaitement mes ressentis. D'autre part parce que je ne veux aucunement qu'Alexeï n'est l'impression de s'occuper d'un vulgaire oisillon. Après tout je n'ai plus l'âge de pleurer pour une petite blessure et j'ai même l'impression que ce que j'ai n'est qu'un dixième de douleur sur ce que j'ai pu vivre auparavant. C'est comme une épreuve tout bonnement normal.

Appuyant mon dos contre le sol sableux de la piste, je clos un instant mes paupières et rapidement de vieux cauchemars font surface. Ramenant une main sur mon torse maigre pour cacher négligemment ma peau diaphane. Lorsque le bout de métal froid pénètre dans ma peau, un frisson parcoure ma jambe toute entière. Comme une espèce de stimuli nerveux. La douleur est minime mais pour une raison inconnue, elle me bouleverse. Surement parce que la sensation d'être recousue me rappelle cette défenestration. La force avec laquelle la fenêtre s'est effondrée à mon passage et les bouts de verres m'ont offert un cercueil sur le bitume. Les seringues et les aiguilles qui ont perforées ma peau de part et d'autre pour me recoudre ou m’administrer de quoi planer et ne pas hurler sous la douleur. Non! il faut que je passe au dessus de tout ça.

Délicatement sans trop bouger mon corps, je me ré-hausse sur mes coudes pour observer les battements de la toile de tente sous le vent qui souffle à l'extérieur. Je tente de faire abstraction de tout ça, de gérer les hauts le cœur qui bouleverse mon estomac. J'ai envie de fuir. Quitte à abîmer ma plaie. Être enfermé dans ma caravane, glissé sous un tas de tissus pour tenter d'oublier tout cela. Boire un peu pour trouver le sommeil. User de drogues et de médicaments. Oublier. La douleur de l'aiguille disparaît et rapidement j'ai l'impression de revivre encore et toujours la même situation. Tomber et m’abimer. Remonter et me soigner. Une spirale infernale.

Mon regard vairon se pose inconsciemment sur son crâne alors qu'en une fraction de secondes, ses pupilles croisent les miennes. Une fois de plus mes joues prennent la couleur du sang rubis qui coule en un petit filet jusqu'à ma cheville nue. Quelque chose me trouble chez Alexeï. Pourtant il y a de nombreux hommes dans ce cirque et je suis au contact de beaucoup d'entre eux. Étonnamment c'est lui. Je ne saurais pas mettre un mot sur les sentiments et les remuements qui grouillent en moi. Les sourires toute à l'heure timide font place à des frissons de peur.

L'aiguille pénètre à nouveau mon épiderme pour y passer le fil et d'un seul coup, il me rappelle encore ce passé douloureux et ce tyran de petit ami. La peur et le plaisir mélangé. L'envie et l'angoisse. Je le désirais autant qu'il m’apeurait. Et c'est une situation similaire qui semble se jouer sous mes yeux. Une fois de plus l'aiguille sort et alors que le nœud se fait, je me permets de murmurer quelques mots. « C'est parfait, Alexeï. »

Passant une fois de plus le linge humide sur ma plaie pour en ôter le sang en supplément et lui quémander l'aiguille pour en ôter les traces d'hémoglobine. Sait-on jamais si quelqu'un utilise de nouveau cette trousse, il sera impossible de savoir pourquoi elle fut utilisée auparavant. Lâchant le linge humide, je laisse mon dos heurter le sable pour tenter de décompresser. Un soulagement opère malgré une boule coincée au fond de ma gorge. Et rapidement je me rends compte qu'il faudrait quitter le chapiteau mais j'ai l'impression que mon corps lâche. Comme si toutes mes questions et mes ressentis causaient un poid sur mon thorax. Glissant ma main dans mes mèches brunes, je murmure à nouveau quelques mots aux forains. « Merci. Je retournerais à ma caravane dans quelques minutes. »

En d'autre terme, il peut très bien quitter le chapiteau s'il a mieux à faire. Mes doigts courent sur ma cuisse que je serre entre mes ongles jusqu'à faire rougir ma peau. La douleur est peut-être devenue mentale. Observant à nouveau la toile du chapiteau, je mords ma lèvre inférieure pour ramener mon piercing à ma langue et le faire longuement bouger comme pensif. Qu'est-ce que tout cela signifie ? Être à ses côtés me plaît tout comme il m'effraie et à l'instant même ne pas voir le visage d'Alexeï me rend mal à l'aise.

« Le plaisir et la douleur, et ce qui les produit, savoir, le bien et le mal, sont les pivots sur lesquels roulent toutes nos passions. » dit John Locke. Instinctivement j'oublie la douleur pour m'asseoir de nouveau avant de me lever avec lenteur, appuyant sur ma jambe valide pour ne pas solliciter la recousue. Tendant la main pour attraper les rubans, je tire sur une petite corde qui les fait repartir le long d'une poulie jusqu'à un bord du chapiteau. Demain je devrais revenir pour les ranger convenablement. A noter dans mon cerveau brun. Posant à nouveau mon regard différent sur le corps d'Alexeï, une dernière phrase m'échappe alors que je croise timidement mes bras sur mon torse. « Je te revaudrais ça Alexeï. » et je compte lui rendre son aide précieuse. Appuyé sur la pointe des pieds pour ne pas laisser mon maigre poids faire une pliure sur ma plaie, je n'ose pas partir comme un voleur. Si la nuit pouvait continuer auprès de lui... mais diable quelles pensées! Alexeï n'est qu'un forain. Un professionnel qui n'a de sentiments pour personne. Il est le régisseur du cirque. L'âme vide qui aide tout le monde. Pourquoi un corbeau aurait-il plus d'attention ? Pourquoi pas...

   


Dernière édition par Hyacinthe O'Kowski le 2014-08-13, 04:35, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-19, 14:36

❝THE SHOW MUST GO ON.❞
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C'est fini. Mes yeux se baladent sur l'ouvrage tandis que le croc de métal s'éloigne lentement, et pour de bon, de son charnier. La plaie est un vilain sourire cousu, un sourire qui postillonne des perles de sang autour de ses lèvres pourpre. Ça mettra du temps à se refermer complètement, et ça ne disparaîtra jamais. Il y a certaines erreurs qui vous marquent plus que d'autres, et marquer c'est vraiment le mot, elles plantent leurs griffes dans votre chair et y gravent les leçons que vous ne devrez pas oublier. Des comme ça, j'en ai plein, restes égarés de luttes, de malchances, d'imprudences et de conneries. Certains sont fiers de leurs cicatrices. J'y suis indifférent. Elles sont là et c'est comme ça, c'est juste une question de chance et d'audace.

Déjà Hyacinthe s'empresse de nettoyer l'anguille, et ne souffle que quelques secondes avant de se relever. J'ai l'impression que je le chasse. Pourtant ce n'est pas bien prudent de se relever maintenant, de jouer les aventuriers en montrant qu'on est pas une chochotte (d'ailleurs, ça n'a rien à voir). Je porte mes yeux sur le gamin, toujours à nos côtés, attentif et dispos. C'est un petit gars du Nord de la France, courageux et malin même s'il ne dit rien (cependant qu'il parle plutôt bien anglais). « Etienne, raccompagne Hyacinthe à sa caravane, il ne faut pas appuyer sur la blessure. J'ai encore quelques trucs à régler. »

C'est un peu lâche, je réalise après coup, mais je sens le besoin de me poser quelques instants, de chasser ces jeunes pousses de colère qui ont envahi mon esprit. Et puis réellement, je n'ai pas fini mon travail ici. Je jette un coup d'oeil rapide à mes notes pour me remettre dedans tandis que Hyacinthe relève ses rubans (le petit lui donne un coup de main mais c'est superflu et peut-être même un peu blessant). J'ai cependant un petit pincement de regret lorsque l'acrobate blessé se retourne, me lève des yeux de gratitude, mais je sais qu'il se sent redevable.

Et d'ailleurs il le dit, je te revaudrai ça, et sur le coup j'en ai pas vraiment envie, il y a pas de système de don / contre-don, je trouve ça simplement naturel de l'aider, j'allais pas le laisser crever au milieu de la piste. Et je pense également que si j'ai besoin de quelqu'un pour me tirer d'affaire, c'est mauvais signe. Alors je tente un peu d'humour pince-sans-rire pour détendre cette tension dont je ne peux plus. « Peut-être il vaudrait mieux espérer que tu n'en aies pas l'occasion. » (ma grammaire est à peine correcte mais sur le moment je ne le remarque pas.)

L'occasion de me voir à terre, l'occasion de me voir vulnérable, pris de court, impuissant (je déteste ne pas pouvoir agir). Pris de court, je l'ai été ce soir. Impuissant, également, jusqu'à ce que je feigne d'avoir quelque expérience précaire en ce qui concerne les soins d'urgence. Mais ce soir, je sens que c'est autre chose qui a fait faillir la colère en moi. Une sorte de conflit intérieur sur lequel je n'arriverai pas à mettre de nom.

Et, regardant mes deux protégés partir jusqu'au pan du chapiteau qui marque le passage vers les caravanes, je ramasse mon manteau, l'époussette, puis inspecte les tâches de sang. Elles partiront facilement, mais je ne vais pas m'en occuper tout de suite. J'ai quelques vérifications à finir ici. Et peut-être, sur le chemin du retour, quelqu'un d'autre aura-t-il besoin d'aide. C'est mon bouleau, je suis le régisseur de ce cirque, je suis l'être bienveillant, qui ressent mais ne vibre pas, je suis l'âme impavide qui tend la main à tout le monde. Ce n'est pas une exception, je me dis pour calmer les sentiments étranges qui agacent mes nerfs. Je soupire et replonge dans mes notes, à nouveau froid et impersonnel.
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MessageSujet: Re: the show must go on ▲ The Watcher   2014-06-22, 14:43


   
THE END

   
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